INTERVIEW : Rencontres avec Ondes

À l’occasion de la sortie de son nouvel EP « Sous la surface », Ondes poursuit l’exploration d’un univers musical à la croisée du rap chanté, de la pop électro et de la chanson. Entre introspection, questionnements contemporains et envie de scène, l’artiste bordelais dévoile un projet plus personnel que jamais.

JustMusic.fr : Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Ondes : Je m’appelle Ondes, je suis un artiste bordelais qui propose un mélange de rap chanté, de pop électro et de chanson. Je suis aussi auteur, compositeur et interprète.

JustMusic.fr : Comment ton univers musical s’est-il construit au fil des années ?

Ondes : En fait, au tout départ, j’ai toujours chanté quand j’étais petit. Et à un moment donné, j’ai voulu écrire davantage, aller un peu plus vers les textes. Comme j’avais pas mal de choses à dire, je me suis rendu compte que le rap était quand même quelque chose de plus facile pour avoir plus de matière et pouvoir exprimer davantage de choses. Sauf que moi, je ne viens pas du tout du rap à la base, donc j’ai voulu mélanger les deux : je voulais beaucoup de paroles, mais en même temps que ce soit chanté. C’est comme ça que j’ai commencé à faire du rap chanté.

La chanson, pour le coup, j’en ai toujours écouté, donc le format est venu assez naturellement pour moi : couplet, refrain, couplet, refrain… avec vraiment l’idée d’avoir un refrain un peu entêtant, comme dans une chanson.

Et après, la pop électro est arrivée plus tard, au fur et à mesure de mon appropriation du piano, mais aussi de la MAO. Comme je compose mes chansons, j’avais envie de travailler quelque chose de plus construit. Je suis pianiste, donc on pourrait croire que je fais uniquement du piano-voix, mais en fait non : j’avais envie, avec le temps, d’aller vers quelque chose d’un peu plus travaillé, avec des textures. Et pour ça, l’électro, c’est super.

JustMusic.fr : Le piano occupe une place importante dans ta musique. Quel rôle joue-t-il dans ton processus de composition ?

Ondes : Il est essentiel, parce que je commence vraiment par le piano. Dans tous les cas, il m’arrive de faire des piano-voix, de commencer par trouver des accords, puis de me mettre à chanter dessus. J’ai toujours mon piano chez moi, branché à mon ordinateur, donc je fais des accords, j’essaie de construire des boucles — quatre, cinq ou six accords — et ensuite, une fois que j’ai quelque chose qui me plaît, je peux commencer à créer et à composer autour de ça.

C’est vraiment la base. J’ai beaucoup plus de facilité à écrire et à composer la musique qu’à écrire des textes. Donc la musique est vraiment le pilier, et le texte arrive après… si j’arrive à l’écrire (sourire).

JustMusic.fr : Ton premier EP « L’amer » t’a permis de te faire remarquer. Peux-tu revenir sur cette période ?

Ondes : Ce premier EP, je l’ai écrit à la suite d’une rupture amoureuse. À la base, comme je le disais, j’ai toujours fait de la musique, mais je n’avais pas encore vraiment écrit. Et là, c’est devenu presque obligatoire, en quelque sorte, d’écrire sur ma souffrance pour aller mieux. Ça m’a apporté beaucoup d’énergie positive, de bonnes ondes, et ça m’a donné envie d’aller plus loin.

À ce moment-là, j’étais à la fac, en musicologie, avec une spécialité chanson. Ça m’a donné pas mal d’outils : on avait des cours d’arrangement, de théâtre, de chant… Et à la fin de la licence, il fallait réaliser un EP. Je me suis dit que c’était parfait, parce que j’avais déjà quelques chansons, et ça m’a permis, grâce au cadre de la formation, de créer ce projet et d’avoir aussi des retours de la part des professeurs.

À la base, cet EP devait contenir trois titres, mais au final j’en ai ajouté trois autres pour qu’il y en ait six au total sur « L’amer ». Voilà un peu le processus de création. Et c’était une période assez chouette.

JustMusic.fr : Après avoir dévoilé en octobre dernier le single « Décor », puis il y a quelques semaines le clip de « Danserai pas », tu viens de présenter un troisième extrait de ton futur EP, « Merde immense ». Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de l’écriture de ce titre ?

Ondes : J’étais dans un cercle vicieux énorme… immense, même. C’est-à-dire que je passais mon temps sur les réseaux sociaux, à me sentir vraiment nul, à me dévaloriser, à me dire : « Mais pourquoi je passe autant de temps dessus ? » Quand j’en parlais à mes potes proches, même ceux qui font de la musique, on avait tous ce truc de vouloir créer du contenu en permanence. Et en fait, je me suis rendu compte qu’on se comparait tous les uns aux autres, qu’on finissait par se sentir comme des merdes les uns les autres, et que c’était quelque chose de très commun.

Je me suis dit que j’avais vraiment envie d’écrire dans cet état d’esprit, sur le fait de se sentir comme une merde en se comparant aux autres, alors qu’au fond on vit tous les mêmes contraintes : vouloir créer, essayer de se démarquer… sauf qu’au final, ça dessert notre santé mentale. C’est donc un sujet très important pour moi, et ça m’a fait du bien d’en parler, parce que ça m’a permis de me sentir compris — il y avait beaucoup de gens qui vivaient la même chose — mais aussi de pouvoir lâcher un peu de pression et même d’en rire, malgré la gravité du sujet.

C’est d’autant plus actuel qu’on parle beaucoup aujourd’hui de l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale, notamment chez les plus jeunes, avec les questions de harcèlement en ligne. Donc pour moi, c’était vraiment important d’alerter là-dessus.

JustMusic.fr : Le titre est particulièrement frontal et marquant. Pourquoi avoir choisi ce nom fort ?

Ondes : Justement pour que ça se retienne bien. En fait, quand je l’ai écrit, c’était un peu quitte ou double : je me suis dit soit j’ai écrit une merde absolue, personne ne va comprendre ce que je raconte, soit les gens vont trouver ça super chouette. Et je me suis dit qu’il n’y avait rien de plus drôle que de chanter simplement dans un refrain : « Je suis une merde immense ».

En vrai, je trouvais ça hyper drôle. Ça m’a beaucoup fait rire quand je l’ai chanté, j’étais là : « Mais c’est incroyable, en fait c’est très drôle ». Donc je ne savais pas du tout si ça allait être perçu de manière positive ou négative, mais moi, en tout cas, ça m’a vraiment fait rire en le faisant. Et ça m’a fait du bien de pouvoir rire sur ce sujet-là, qui est quand même assez lourd au fond.

JustMusic.fr : Les différents extraits annoncent l’EP « Sous la surface ». Comment sera le reste de l’opus ?

Ondes : Il y a cinq titres sur cet EP. Il y a notamment une autre chanson qui s’appelle « I see your face », qui parle de la relation malsaine entre un père et son fils, et de la manière dont ce lien peut s’abîmer au fil du temps. C’est aussi une façon d’aborder les non-dits dans une famille, ces relations qui peuvent être compliquées alors que les deux personnes s’aiment profondément, mais sans réussir à communiquer. Il y a parfois une éducation qui a été faite avec des codes anciens, qui remettent en question plein de choses, comme la sensibilité chez un garçon, par exemple. C’était un sujet que j’avais envie d’évoquer, d’autant plus que je me rends compte que ça touche beaucoup de gens autour de moi.

L’autre chanson s’appelle « Alléa ». Elle parle des relations aujourd’hui, de la manière dont on se rencontre à travers les applications, et de comment quelque chose de très superficiel peut finalement mener à une vraie relation humaine. On est dans une société de consommation où on se « swipe », on se « zappe », on juge quelqu’un en une seconde sur un profil… et malgré ça, on reste des humains avec nos fragilités et nos problèmes. Et c’est justement pour ça qu’on est là-dessus.

Au final, toutes ces chansons tournent autour d’un même thème : la complexité intérieure. Comment on se situe avec les autres, avec leur regard, et avec le regard qu’on porte sur soi-même. C’est pour ça que « Sous la surface » s’est imposé assez naturellement comme titre.

JustMusic.fr : Entre « L’amer » et ce nouveau projet, qu’est-ce qui a le plus évolué chez toi : l’écriture, la production ou la vision artistique ?

Ondes : Déjà, le premier EP a été composé en grande partie par un compositeur qui s’appelle Haritza Driollet. Moi, j’ai composé « L’amer », et j’ai aussi un peu co-composé les autres titres avec lui, mais c’était surtout son travail.

Ensuite, comme j’ai défendu « L’amer » pendant près de deux ans sur scène — avec des tremplins, des concerts, des premières parties — j’ai eu envie de faire des chansons davantage pensées pour le live. Et surtout, j’ai eu envie de me faire confiance et de composer moi-même. Donc le premier grand changement, ça a été ça : vouloir créer des morceaux plus adaptés à la scène et assumer davantage la composition.

Évidemment, j’ai aussi composé avec d’autres personnes, notamment Julien Raulet, Florian Marzin ou encore Haritza, que j’ai cité avant. Mais l’idée principale, c’était vraiment de me faire confiance, et aussi d’aborder des thèmes moins centrés sur l’émotionnel amoureux, pour aller vers quelque chose de plus profond, comme les sujets dont je te parlais juste avant.

JustMusic.fr : La scène occupe une place importante dans ton parcours. À quoi peut-on s’attendre en live avec cette nouvelle ère musicale ?

Ondes : Justement, on peut s’attendre à des versions totalement différentes. En fait, moi je vois vraiment les morceaux — et encore plus ceux de cet EP — pour le live. Là, j’ai des versions studio qui durent trois minutes, mais en concert elles peuvent durer quatre ou cinq minutes, avec des outros, des intros, des transitions entre les morceaux… J’adore ça. J’adore créer pour le live. Moi, je vis vraiment pour la scène, c’est hyper important pour moi.

L’idée, c’est de faire vivre tout ça à travers plein de concerts, avec de la mise en scène. Là, je suis accompagné par un ingénieur du son, mais j’aimerais aussi avoir un ingénieur lumière, travailler davantage la scénographie, que tout puisse vraiment s’imbriquer pour proposer un show unique.

Après, évidemment, il faut des opportunités de concerts. J’ai déjà eu la chance de pouvoir présenter ces chansons en 2025 en premières parties, et je vois à quel point ça me plaît — et surtout à quel point ces morceaux sont faits pour le live. J’ai un batteur avec moi sur scène, et les chansons prennent une toute autre dimension avec la batterie.

JustMusic.fr : Et à quand de nouveaux concerts ?

Ondes : Alors là, j’ai la sortie de mon EP le 13 mars, et la release party aura lieu la veille, le 12 mars, à la « Salle le Royal » à Bordeaux. Bien sûr, tu es convié !

Ensuite, je joue le jeudi 19 mars à la faculté de Bordeaux Montesquieu, dans le cadre de Larscène.

Et surtout, n’hésitez pas à me programmer, notamment sur Paris : je recherche des dates, des coplateaux avec d’autres artistes… Let’s go ! Et partout ailleurs aussi, évidemment.

JustMusic.fr : As-tu un souvenir de concert ou un moment de scène qui t’a particulièrement marqué jusqu’à présent ?

Ondes : Oui, très récemment. 2025 a été une année assez compliquée pour moi, parce que j’étais en pleine préparation de mon EP. Et comme je suis tout seul — même si j’ai une association qui m’aide à booker des concerts — c’était quand même difficile d’en trouver. C’est donc l’année où j’en ai fait le moins, parce que je me suis recentré sur le projet.

Mais il y a un concert, en septembre, qui m’a énormément marqué. C’était dans une fac, dans un amphithéâtre, pour un événement de rentrée étudiante. L’amphi était plein, il n’y avait que des jeunes, et ils étaient à fond : ils avaient tous allumé leurs flashs, ils étaient super dynamiques… c’était vraiment hyper agréable. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire avec ce public.

D’ailleurs, je commence à développer ça : j’aimerais énormément faire une tournée des facs, ou en tout cas une tournée dans ce type d’organismes, parce que c’est pile la cible des personnes qui m’écoutent. On est sur une tranche d’âge 20-30 ans, donc c’est parfait. Le public était incroyable, et c’était fou de jouer pour une rentrée étudiante avec une ambiance aussi forte.

Et en plus, c’était à Limoges — on ne s’y attendait pas forcément (sourire) !

JustMusic.fr : Quels sont tes coups de cœur musicaux du moment ?

Ondes : Je l’avais déjà repéré avant qu’il gagne ses Victoires de la Musique, mais Sam Sauvage, c’est un vrai beau coup de cœur de 2025. Je l’ai découvert, comme beaucoup de gens, sur les réseaux sociaux, avec ses chansons et ses reprises, mais surtout avec « Les gens qui dansent (J’adore) ». J’ai vraiment adoré ce titre.

Sinon, j’ai aussi un gros coup de cœur pour Veeko, qui est batteur — notamment celui de Théodora. Je l’ai vu aux Victoires de la Musique et il a un projet solo qui est dingue. Il a sorti un album, et le titre « The War With U » est tout simplement sublime. Vraiment, j’adore, je vous encourage à aller l’écouter si ça vous parle.

Et puis mon autre coup de cœur, qui a été très important pour moi en 2025, c’est Tamino. Il est quand même assez connu, mais sa musique m’a ouvert de nouvelles portes dans mon imaginaire musical et ça m’a fait beaucoup de bien. Je trouve sa musique extrêmement apaisante, et comme 2025 a été une année avec pas mal de stress pour moi — entre la préparation de mon EP, le manque de concerts et les doutes — ça m’a aidé à me recentrer sur l’essentiel : revenir au fondement de la musique et en faire pour se faire du bien. C’est vraiment un artiste que tu écoutes et qui t’apaise. Donc Tamino, à fond.

JustMusic.fr : Pour conclure, que peux-tu rajouter pour donner envie au public de te découvrir ?

Ondes : Déjà, tout ce que j’ai dit… c’est incroyable (rires). Écoutez, si vous aimez Eddy de Pretto, si vous aimez des artistes comme Lord Esperanza, mon projet peut vous parler : il est assez similaire dans certaines intentions, tout en restant personnel. J’aborde aussi des sujets qui, je trouve, ne sont pas forcément beaucoup traités aujourd’hui sur la scène actuelle, alors qu’ils sont importants à défendre.

Voilà, j’espère que ça vous plaira. En tout cas, merci à toi d’avoir pris ce temps pour m’interviewer, c’était très chouette. Merci pour tes questions. Et n’hésitez pas à me suivre sur les réseaux sociaux, à écouter sur les plateformes : @ondesmusique.

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