INTERVIEW : Rencontre avec Benoît Dorémus

Six ans après « En tachycardie », Benoît Dorémus est de retour avec « Désolé pour les fantômes ». Ce nouvel album est disponible depuis le 25 février dernier et il a répondu à toutes nos questions avec une grande générosité.

JustMusic.fr : En quelques mots, comment pourrais-tu qualifier ta musique ?

Benoît Dorémus : C’est de la chanson parce que le texte est particulièrement important. Il faut qu’on entende bien les paroles, qu’on les comprenne. Pour les sonorités, on a voulu que ça reste fidèle à moi-même, mais ancré dans l’ère du temps afin de ne pas se répéter. Il s’agit de maintenir la tradition de la chanson, tout en touchant un public plus contemporain.

JustMusic.fr : Selon toi comment se comporte la chanson française aujourd’hui ? Et comment te situes-tu par rapport à elle ?

Benoît Dorémus : Je pense que ça dépend de si on inclut en chanson française le hip hop ou non. Personnellement, je préfère l’inclure car musicalement le hip hop a apporté beaucoup au niveau des sonorités, de l’écriture, et de la recherche des rimes. Mais dans mon cas je fais de la chanson. Je ne dirais ni musique urbaine ni pop, parce je ne m’inscris pas dans la veine de l’autotune. J’appartiens à la tradition où la voix trafiquée n’est pas mise en avant.

JustMusic.fr : Comment arrives-tu à manier un langage et un style, à la fois poétique et décontracté ?

Benoît Dorémus : Les chansons sont pour moi des moments d’humeur. Dans une journée on fluctue entre pleins d’émotions, et il faut musicalement que la forme serve l’humeur. Il y a par exemple, des chansons où les ingrédients du hip hop me servent car c’est eux qui me permettent de retranscrire certaines émotions, comme la colère ou la nervosité. Après ça reste la recherche du bon mot, de la bonne rime, du bon rythme et de la phrase qui se colle aux mélodies.

JustMusic.fr : Certains de tes morceaux sont parlés, d’où te vient cette inspiration ?

Benoît Dorémus : J’ai toujours aimé la voix humaine et les choses parlées. J’écoute beaucoup de conférences et quand les orateurs sont brillants, c’est une musique en elle-même. Et effectivement sur mon album il y a deux chansons exclusivement parlées, sans refrain chanté et sans mélodie vraiment. Le texte reste pour autant super travaillé avec un rythme et des rimes. C’est juste une utilisation de la voix que j’apprécie beaucoup.

JustMusic.fr : Comment as-tu abordé et réfléchi cet album ? Qu’est-ce qui a évolué depuis « En tachycardie » ?

Benoît Dorémus : Ça a été long. J’ai écrit beaucoup de chansons avant de savoir où j’allais, plus que sur mes albums précédents. J’ai eu une période où je n’étais pas content de ce qui sortait. Au début on avance un peu au pif, et c’est seulement une fois qu’on commence à avoir une vue d’ensemble que j’ai commencé à réfléchir au choix musical. Je voulais qu’on m’y retrouve et que je ne me répète pas, surtout au bout de mon cinquième album. J’ai pu tester quelques morceaux sur scène. Y’en a qui ont été validés et d’autres qui sont moins bien passées, et que j’ai choisi de ne pas mettre dans l’album (sourire).

JustMusic.fr : Être un artiste indépendant a-t-il changé quelque chose ?

Benoît Dorémus : Non, pour la création ça n’a pas vraiment changé. Le processus d’écriture est à la fois un plaisir et une passion, mais également une souffrance parce que l’inspiration ne vient pas comme ça. C’est une bête sauvage que personne ne maîtrise. Quand elle arrive on est tout content, on a l’impression qu’elle ne partira jamais. Et quand elle n’est pas là, on a l’impression qu’elle ne reviendra jamais. La seule chose qu’on peut faire c’est bosser, bosser, bosser et ne pas attendre sur son lit que ça tombe du ciel (sourire).

JustMusic.fr : Par rapport à tes débuts, comment t’es-tu adapté au fil de ta carrière ?

Benoît Dorémus : J’ai dû beaucoup m’adapter parce que mes deux premiers albums étaient en grosse maison de disques avec le luxe de ne pas devoir aller chercher l’argent. J’en ai fait deux comme ça, mais là depuis les deux derniers j’ai dû apprendre un nouveau boulot, celui de producteur. Ce sont des emmerdes du matin au soir qui n’ont souvent rien à voir avec l’artistique. Heureusement que je suis un garçon sérieux, appliqué et puis que j’aime ça (sourire). Après les maisons de disques c’est aussi une aventure humaine, un travail d’équipe, et c’est vrai que ces moments de partage me manquent parfois. Pour ce qui est de la création, c’est différent.

JustMusic.fr : Tu es auteur-compositeur-interprète : qu’est-ce que tu aimes le plus ?

Benoît Dorémus : Écrire sans hésitation. C’est toujours le même plaisir et la même souffrance en indé comme en maison de disques. Selon moi ce n’est pas parce que tu es signé ou non que ça change particulièrement. En tout cas quand la rime ne vient pas, je sais que si je suis patient elle finira par venir. Ça dure des heures et c’est ce que je préfère. La journée passe très vite parce que je suis à fond dans ce que je fais. C’est ça qui donne tout son sens, c’est un métier bizarre (sourire).

JustMusic.fr : Est-ce qu’au-delà de l’écriture, rencontrer le public te motive aussi ?

Benoît Dorémus : Je ne suis pas un artiste très connu mais j’ai la chance d’avoir un public fidèle. S’ils n’avaient pas été là, je ne l’aurais pas fait. J’ai financé mes deux derniers albums par un crowdfunding, les gens ont été géniaux. Ce n’est pas agréable de parler argent avec son public mais la demande d’aide a été bien prise et ça m’a trop motivé. Après le deuxième moment de kiffe c’est chanter les morceaux sur scène.

JustMusic.fr : Qu’est-ce que ça t’a apporté de travailler avec de grands artistes comme Renaud, Francis Cabrel ou encore Renan Luce ?

Benoît Dorémus : Ce sont des petits coups du destin qui m’ont souri. Et bien sûr ça m’a apporté beaucoup, notamment à travers des conversations anodines où je pouvais mieux comprendre leur perspective du métier. On se sent tout petit parce que ce sont des monuments et à la fois on se sent comme eux, quand ils disent qu’ils n’ont pas d’idées de chansons (sourire).

JustMusic.fr : Comment envisages-tu le processus de collaboration avec d’autres artistes, notamment sur ton dernier album ?

Benoît Dorémus : Les deux collaborations sont plutôt le fruit du hasard. Dans l’ordre « Désolé pour les fantômes », je l’ai écrit comme un duo et j’ai pensé à Clio. Je suis allé la chercher parce que j’aimais sa façon de parler du rapport amoureux dans ses chansons, et aussi sa voix tout simplement. Le morceau avec Benabar « Drague la mère », est une chanson qui existait déjà depuis un moment. Je l’avais déjà joué sur scène deux ou trois fois. J’ai réalisé juste avant de rentrer en studio que c’était un duo et qu’il était logique de le chanter à deux. J’ai envoyé un petit texto à Benabar et il a accepté. C’était une bonne surprise à laquelle je ne m’attendais pas du tout.

JustMusic.fr : Qu’as-tu essayé de transmettre avec cet album ?

Benoît Dorémus : J’ai essayé que ceux qui me suivent déjà puissent avoir la suite de mes aventures. Et pour ceux qui me découvrent, rattacher les wagons et proposer des choses nouvelles. Pour les thèmes ce sont des chansons assez personnelles. Je parle souvent de moi pour mieux toucher les autres parce que j’ai l’impression que parfois, plus on est personnel plus on est universel. On ne peut pas plus me faire plaisir que quand une personne vient vers moi et me dit que ma musique lui parle (sourire).

JustMusic.fr : Tu seras en concert le 10 mai 2022 au Café de la Danse. Est-ce qu’on peut s’attendre à d’autres actus de ta part ?

Benoît Dorémus : On a tourné il y a quelques semaines le clip de « Désolé pour les fantômes » avec Clio, qui sort dans quelques jours. C’était un peu long techniquement mais on en est très contents. Sinon maintenant que l’album est lâché dans la nature, il va faire sa vie. Il faut que le public et certains journalistes s’en emparent. Après, je n’ai plus vraiment de contrôle dessus, à part essayer de le défendre sur scène, tout faire pour que les gens viennent me voir en concert et avoir le plus de retombées possibles (sourire).

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Paul CORRADINO