Avec « Here lies love / Sawdust to stardust », Lawrence Rothman signe son album le plus personnel à ce jour. Entre confidences, reconstruction et collaborations artistiques, l’artiste américain revient sur la création de ce projet intime, ses inspirations et les expériences qui ont façonné sa musique.
JustMusic.fr : « Here lies love / Sawdust to qtardust » est présenté comme ton disque le plus personnel à ce jour. Qu’est-ce qui t’a poussé à te livrer autant cette fois-ci ?
Lawrence Rothman : J’ai traversé des problèmes d’addiction, des troubles alimentaires et un processus de guérison. Je ne pouvais plus continuer à écrire en évitant ces sujets. Je voulais raconter ce qui s’était passé sans chercher à embellir les choses. On passe déjà suffisamment de temps à faire semblant dans la vie.
JustMusic.fr : Que représentent pour toi « Here lies love » et « Sawdust to stardust » ?
Lawrence Rothman : « Here lies love » évoque ce qui reste lorsqu’une chose en laquelle on croyait s’effondre. La sciure représente ce qui subsiste après le travail accompli. La poussière d’étoiles, elle, symbolise ce qui demeure lorsque la survie prend un sens. Ensemble, ces deux titres réunissent le deuil et l’espoir.
JustMusic.fr : Qu’ont apporté Biarritz et Nashville à l’écriture et aux sonorités de cet album ?
Lawrence Rothman : Biarritz m’a permis de retrouver un espace pour m’écouter à nouveau. Nashville a donné une dimension concrète aux chansons, avec des musiciens réunis dans une même pièce, qui s’écoutent et réagissent les uns aux autres. Cette combinaison entre solitude et connexion humaine se retrouve partout dans l’album.
JustMusic.fr : Le fait d’écrire en France t’a-t-il amené à raconter tes histoires différemment ?
Lawrence Rothman : Oui. Être loin de mon environnement habituel m’a permis de rompre avec certaines habitudes. Je prêtais attention aux choses d’une manière différente. Parfois, il faut s’éloigner un moment de son quotidien pour prendre conscience de tout ce qu’on porte en soi.
JustMusic.fr : Pourquoi était-il important pour toi de produire et de mixer cet album toi-même ?
Lawrence Rothman : La production et le mixage font partie intégrante de mon processus d’écriture. Une voix peut raconter une histoire complètement différente selon ce qui l’accompagne musicalement. Je voulais suivre cette intuition jusqu’au bout, y compris dans les passages inconfortables que j’aurais peut-être eu tendance à adoucir autrement.
JustMusic.fr : L’écriture de ces chansons a-t-elle eu un effet thérapeutique ?
Lawrence Rothman : Parfois, mais mettre quelque chose par écrit ne signifie pas automatiquement qu’on s’en libère. Certaines chansons m’ont aidé à comprendre ce que je ressentais, tandis que d’autres m’ont simplement obligé à affronter mes émotions. Les deux expériences ont été utiles.
JustMusic.fr : Y a-t-il une chanson qui a été particulièrement difficile à écrire sur le plan émotionnel ?
Lawrence Rothman : « The meaning » touche à quelque chose de très vulnérable chez moi. La phrase « Quand je te vois vivre, je me vois vivre » est simple, mais elle renferme énormément de choses. Parfois, ce sont les mots les plus simples qui sont les plus difficiles à prononcer.
JustMusic.fr : Comment est née « Karmakaze » et qu’a apporté Amanda Shires à ce morceau ?
Lawrence Rothman : Je considère « Karmakaze » comme une sorte de prolongement de « Thrash the west ». C’est une autre manière d’observer les dégâts que nous provoquons et auxquels nous revenons sans cesse. La voix d’Amanda possède une tension magnifique. Elle sait apporter de la tendresse sans faire disparaître le danger qui habite une chanson.
JustMusic.fr : Comment choisis-tu tes collaborateurs ?
Lawrence Rothman : Ce sont des personnes dont je respecte l’instinct et dont le travail me touche. Madi, Jason, Katie et Jillian possèdent tous des univers très singuliers, aussi bien dans l’écriture que dans le chant. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se produit lorsque nous parvenons à être sincères ensemble, dans une même pièce.
JustMusic.fr : Comment parviens-tu à conserver une cohérence musicale malgré ces différentes collaborations ?
Lawrence Rothman : Ma voix et mon écriture constituent le fil conducteur. Chacun apporte sa propre personnalité, mais nous évoluons tous dans le même univers émotionnel. Le fait de produire l’album me permet également de sentir lorsqu’un élément trouve naturellement sa place ou lorsque je m’accroche simplement à une bonne idée.
JustMusic.fr : Quelle est l’histoire derrière « A word’s a weapon » ?
Lawrence Rothman : J’ai vécu des situations où les mots peuvent vous faire honte de ce que vous êtes, mais aussi des moments où une simple phrase prononcée par quelqu’un peut vous aider à retrouver votre chemin. Cette chanson est née de ces deux expériences. Les mots restent ancrés dans le corps bien plus longtemps qu’on ne l’imagine.
JustMusic.fr : Qu’explores-tu dans « The meaning » ?
Lawrence Rothman : Avec Madi Diaz, nous avons écrit cette chanson autour de ce sentiment qui consiste à reconnaître sa propre existence dans celle de quelqu’un d’autre. Voir une personne qu’on aime continuer à avancer peut nous donner une raison de poursuivre notre propre chemin. Pour moi, c’est là que réside le sens de cette chanson.
JustMusic.fr : Avais-tu envie d’explorer davantage les sonorités Americana ?
Lawrence Rothman : Je voulais me rapprocher du type de narration musicale que j’aimais en grandissant. L’Americana m’offre cette liberté, mais je continue avant tout à suivre ce dont chaque chanson a besoin. Ma vie ne s’est jamais limitée à une seule catégorie, alors il n’y a pas de raison que ma musique le fasse.
JustMusic.fr : Qu’est-ce qui a changé depuis « The book of law » ?
Lawrence Rothman : J’ai davantage confiance en moi, ce qui me permet de laisser certaines choses telles qu’elles sont. À l’époque, je voulais explorer toutes les pièces de la maison en même temps. Aujourd’hui, je préfère rester suffisamment longtemps quelque part pour pouvoir en raconter la vérité.
JustMusic.fr : Le fait de produire d’autres artistes nourrit-il ta propre musique ?
Lawrence Rothman : Constamment. On assiste parfois à des moments où des artistes trouvent le courage de chanter quelque chose qu’ils avaient à peine réussi à exprimer une heure auparavant. Être témoin de ces instants me rappelle pourquoi j’ai commencé à faire de la musique. Cela entretient également ma curiosité, ce qui est essentiel après toutes ces années.
JustMusic.fr : Est-il difficile de passer du rôle de producteur à celui d’artiste ?
Lawrence Rothman : Parfois. Je peux donner à quelqu’un d’autre la confiance nécessaire pour se montrer vulnérable, puis devenir extrêmement critique envers moi-même lorsque vient mon tour de passer derrière le micro. Je dois apprendre à m’accorder la même liberté que celle que j’offre aux autres artistes.
JustMusic.fr : Quelle place occupe l’image dans ton travail ?
Lawrence Rothman : Lorsque j’écris une chanson, j’ai souvent une image en tête : un lieu, une couleur, une personne éclairée d’une certaine manière. Travailler avec Floria permet de donner une autre dimension à ces intuitions. Ses images peuvent révéler quelque chose dans ma musique dont je n’avais pas encore pleinement conscience.
JustMusic.fr : Cet album représente-t-il un regard sur ton passé ou le début d’un nouveau chapitre ?
Lawrence Rothman : Les deux. Il vient conclure une trilogie commencée avec « Good morning, America », donc il comporte forcément une part importante de réflexion sur le passé. Mais je n’ai pas créé cet album pour rester enfermé dans ces expériences. Je voulais comprendre ce que je pouvais en retenir pour continuer à avancer et à vivre.
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