Quarante ans après le succès de « Nuit sauvage », Les Avions s’apprêtent à retrouver leur public pour un concert anniversaire, le 27 novembre au « Théâtre Les Étoiles » à Paris. À cette occasion, Jean-Pierre Morgand, chanteur du groupe, revient sur l’histoire de ce tube incontournable des années 80, son parcours musical et ses projets.
JustMusic.fr : Comment est née ta passion pour la musique et comment s’est formé le groupe « Les Avions » ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Ma mère, enseignante, écoutait beaucoup de musique, surtout classique. J’ai découvert la pop à travers un dessin animé, très jeune : « Yellow submarine » des Beatles.
L’idée d’un groupe est venue avec Jean Nakache, qui était au lycée avec moi. Mais nous voulions écrire pour les autres. Finalement, ne trouvant personne, nous avons joué nos propres musiques, avec un bon écho sur la scène underground parisienne. Nous avons cherché des chanteurs et des chanteuses, mais ça ne collait pas.
Je ne fantasmais pas sur le fait d’être chanteur. C’est une autostoppeuse, en Corse, qui en décidera, après nous avoir écoutés chanter dans la voiture : « C’est lui qui doit chanter ! » Tout ça est véridique.
JustMusic.fr : En 1986, « Nuit sauvage » devient un immense succès. Comment as-tu vécu cette période où tout s’est accéléré ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : On l’a vécu assez bizarrement. Tout d’un coup, on passait notre temps en promo à remercier les médias et les nombreuses radios libres, à qui on devait effectivement beaucoup. On changeait de vie d’un coup. On passait notre temps sur la route, non-stop.
Le succès de « Nuit sauvage » a duré trois ans. Ce changement de vie nous a amenés au titre « Fanfare » et à l’album du même nom.
JustMusic.fr : Est-il vrai que « Nuit sauvage » a failli ne jamais voir le jour ? Quelle est la véritable histoire de cette chanson ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Non, pas vraiment. Il y a eu d’abord une version rock, puis une version produite dans un style new wave, appelée « Statue de bronze », qu’on peut trouver sur les plateformes. Elle parlait d’une actrice des années 30, Louise Brooks.
Mais ce n’était pas notre style et, finalement, on l’a enregistrée nous-mêmes dans la version connue. Et là, on a changé les paroles pendant les vacances au Portugal : c’est devenu « Nuit sauvage ».
JustMusic.fr : Quarante ans plus tard, ce titre continue de faire danser plusieurs générations. Comment expliques-tu sa longévité ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Peut-être que le titre parle à tout le monde, sur les thèmes de la nuit, de la fête et de la rencontre.
Le mélange pop-rock et chanson française, le tempo qui collait bien à de grands tubes internationaux et les DJ, contents de passer un morceau français.
J’ai écrit un titre sur ce sujet pendant Stars 80, « L’homme qui passe après le canard », qui est pas mal écouté depuis et relayé par mes camarades des tournées 80.
Aujourd’hui, je participe à des tournées encore mieux et plus live : « Les Années 80, La Tournée » ou « Tendances 80 ». Et chaque soir, c’est le choc, les retrouvailles.
C’est comme un golden pass, une grande joie partagée.
JustMusic.fr : Est-ce qu’il t’arrive parfois de te lasser de chanter « Nuit sauvage », ou le plaisir est-il toujours le même ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : À un moment, j’en avais plus qu’assez, dans les années 90 !
Mais aujourd’hui, le titre appartient à plusieurs générations et cette communion est très plaisante.
Il y a pas mal de versions du titre en plus : Producteurs de Porcs/Groland, Elisa Erka, Christophe B., Guy FG, TheSaintCyr…
En tout, plus de dix reprises à ce jour. On laisse toujours les artistes libres de faire leur version.
JustMusic.fr : On connaît tous « Nuit sauvage », mais Les Avions, c’est aussi quatre albums et des titres comme « Be pop », « Fanfare », « Tombe la neige », « Tous ces visages » ou encore « Désordre ». Y a-t-il une chanson de votre répertoire qui te tient particulièrement à cœur et que tu aurais aimé voir rencontrer le même succès ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Je dirais « La planète des singes », sur le premier album, « Tour Eiffel », face B de « Nuit sauvage », et « Le printemps », sur l’album « Loin ».
JustMusic.fr : Après les grandes années du groupe, comment ta carrière musicale a-t-elle évolué ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : J’ai commencé à faire des groupes après l’arrêt des Avions, en 1992 : « Despert-Morgand » chez Warner, « Abandcalledmyself » chez Naïve et PIAS, « Morgenbuz » chez Djazz.
Et puis un jour, mon éditeur Francis Kertékian m’a convaincu de faire quelque chose de personnel, à la première personne.
« Le bleu du ciel » en 2010, puis l’album « L’homme qui passe après le canard » en 2018, les deux albums sous mon nom.
Un album de reprises appelé « Reprises & Covers », « Nuits particulières » et « Jours particuliers » avec Partenaire Particulier.
Un single, « Comme je suis », avec la cheffe et chanteuse Valérie Cristina.
JustMusic.fr : Tu as connu l’industrie musicale des années 80. Comment trouves-tu que la musique et la manière de faire carrière ont évolué depuis cette époque ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Une époque n’est jamais inintéressante. Néanmoins, nous avons eu la chance de vivre à une époque où des tas de styles très différents se télescopaient à une vitesse incroyable, avec des tas de familles dans chaque style.
Punk, new wave, pop, funk, disco, reggae et les débuts du rap et de l’électro en moins de dix ans ! Une époque très intense, avec des sons qu’on retrouve chez les stars d’aujourd’hui.
JustMusic.fr : Que penses-tu de la nouvelle génération d’artistes ? Est-ce qu’il y a des chanteurs ou des groupes actuels que tu apprécies particulièrement ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Je suis bluffé par l’écriture d’OrelSan. J’aime beaucoup l’univers et l’interprétation d’Eddy de Pretto.
Pour moi, l’un des meilleurs groupes de rock français, c’est Mademoiselle K.
Et aussi le jeune groupe MDNS, qui a une énergie fabuleuse sur scène.
JustMusic.fr : Le 27 novembre, tu célébreras les 40 ans de « Nuit sauvage » au Théâtre Les Étoiles à Paris. Pourquoi avoir choisi de reformer « Les Avions » pour cet anniversaire ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : On se reforme depuis pas mal d’années, tous les deux ou trois ans. Et là, ce sont les 40 ans du titre !
À chaque fois, on ne fait pas la même playlist et on trouve une reprise qui nous éclate. « Psycho Killer » ou « Planet Claire » des B-52’s, en français, pour les deux dernières reformations.
JustMusic.fr : Tu vas faire redécouvrir au public toute la richesse du répertoire des Avions. Comment as-tu choisi les chansons qui composeront ce concert anniversaire ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : C’est Jean qui décide, car c’est le dictateur du groupe ! Et après, on conteste ses décisions pendant des semaines et on change pas mal de choses.
On a un fonctionnement très amical et très conflictuel. On rendait dingue la maison de disques, qui nous appelait le « Triumvirat ».
JustMusic.fr : Que peux-tu nous dévoiler de ce concert ? Peut-on s’attendre à des invités surprises et à retrouver des chansons que tu n’as pas interprétées depuis longtemps ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : On va inviter deux personnalités, une chanteuse et un chanteur. Et je ne peux pas vous dire ce qu’ils vont faire.
Ça fait partie du jeu avec le public qui nous suit.
JustMusic.fr : Ce concert parisien pourrait-il être le point de départ de nouvelles dates en France, voire d’une tournée ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Sans doute des dates dans les festivals cet été, mais pas une tournée à proprement parler, pour commencer.
JustMusic.fr : Pour terminer, après quarante ans de « Nuit sauvage », as-tu encore envie d’écrire de nouvelles chansons ou même de sortir un nouvel album ?
Jean-Pierre Morgand (Les Avions) : Oui, je suis en train de faire un album en deux parties.
Une première version guitare-voix, avec très peu d’arrangements. Des morceaux courts et ramassés.
Puis je vais donner un titre chacun à dix artistes, arrangeurs et producteurs que j’aime. Et là, on va avoir des versions très différentes.
Et je n’interviendrai pas dans leur travail. Que ce soient mes titres ou ceux des Avions, j’aime que les chansons vivent leur vie.
Je trouve ça passionnant de suivre ces voyages.



