Marc Parodi ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Après plus de dix ans au sein du duo Kiz, l’artiste poursuit aujourd’hui son chemin en solo avec des titres intimes et sincères, nourris par une profonde introspection. Rencontre avec un musicien en pleine renaissance.
JustMusic.fr : Ton parcours a longtemps été lié au duo Kiz. Qu’est-ce que cette période t’a apporté, humainement et artistiquement ?
Marc Parodi : Cette période m’a tout apporté parce que j’ai fait ça 100 % de mon temps pendant plus de dix ans. Donc tout ce que j’ai appris, tout ce que j’ai vécu pendant dix ans est lié à ce groupe, que ce soit humainement ou artistiquement. C’est-à-dire, humainement, de belles rencontres sur la route, des histoires humaines profondes. Artistiquement, je me suis beaucoup construit, en tout cas je me suis professionnalisé. Je suis arrivé avec un bagage artistique, et c’est ce projet-là qui a fait que, de date en date, d’expérience en expérience, j’ai pu apprendre le métier.
JustMusic.fr : Y a-t-il des choses que tu as découvertes sur toi-même grâce à cette expérience en groupe ?
Marc Parodi : Cette question est un peu liée à la précédente et, en même temps, je serais tenté de dire que j’ai finalement plus appris sur moi à la fin de ce projet que pendant toute sa durée.
La rupture, le deuil de ce projet, le deuil humain, le deuil professionnel, la remise en question qui en découle forcent à une rééducation. C’est comme après un accident de voiture dont on ressort blessé : on doit réapprendre à marcher, se reconstruire.
Il y a toute une rééducation qui fait qu’on apprend énormément dans ces moments-là. Je l’ai vécu un peu comme ça.
JustMusic.fr : La fin d’un duo peut être un moment charnière. Comment as-tu vécu cette transition vers le solo ?
Marc Parodi : Ça a été plus que charnière. La transition vers le solo ne s’est pas faite seulement professionnellement, elle s’est faite aussi personnellement. Ça a été un immense travail d’introspection.
Si je l’axe sur le côté professionnel, j’ai dû me défaire de mes habitudes, me défaire de ce qu’on avait construit à deux, car c’était un duo, pour comprendre ce que moi je voulais. J’ai dû vraiment chercher quelle était mon identité, car j’avais passé plus de temps à faire de la musique à deux que tout seul, et finalement on peut s’y perdre un peu. Et on peut faire le parallèle avec le personnel également.
Cette période m’a permis de me retrouver. J’ai passé deux ans à travailler pour d’autres, et parallèlement à composer des morceaux sans réfléchir, sans me fixer d’objectif ni d’idée préconçue de ce à quoi je voulais arriver. J’ai donc composé beaucoup de morceaux avec des couleurs très différentes ; certains titres que je sors aujourd’hui ont donc eu une vie avec une couleur totalement différente à l’origine !
JustMusic.fr : Est-ce que tu avais déjà envie d’explorer une identité personnelle à l’époque, ou est-ce venu après ?
Marc Parodi : Non, pas du tout. La construction d’un duo passe par la fusion de deux univers. Si on cherche à explorer une identité personnelle dans ce cadre-là, c’est nier l’univers de l’autre et se priver de sa richesse.
Ça a plutôt été un travail de puzzle : assembler ses pièces avec les miennes pour créer quelque chose qui puisse nous correspondre à tous les deux.
JustMusic.fr : Qu’est-ce que le projet solo te permet aujourd’hui que Kiz ne permettait pas forcément ?
Marc Parodi : Le projet solo me permet de ne pas nier complètement qui je suis artistiquement, ce qui me touche.
C’est compliqué dans un duo de préserver ça, car, un peu comme dans un couple, on évolue. La personne avec qui on travaille à un instant T évolue aussi un an, deux ans, trois ans plus tard. On change, on se transforme, et on n’aspire pas forcément toujours aux mêmes choses. C’est un peu un contrat à reconduire tacitement, régulièrement, et ça passe forcément par des concessions.
Le fait de travailler en solo permet donc de davantage s’écouter, de ne pas se nier et de jouir d’une plus grande liberté artistique.
JustMusic.fr : Peux-tu me présenter les titres de ton EP ?
Marc Parodi : Je ne sais pas encore quels titres figureront sur l’EP. Ce qui est sûr, c’est que « Papillon noir » et « Qu’est-ce qu’on y gagne ? » y seront, et le prochain à sortir s’appelle « Mon histoire ». Je peux donc parler de ces trois-là.
« Papillon noir », c’est justement un morceau qui illustre un peu tout ce dont on parlait avant. C’est la bande-son de cette période. Je l’ai écrit à la fin du projet, à un moment où je m’enfonçais dans un mal-être face auquel j’étais un peu complaisant. Je me suis posé la question : est-ce que je n’aime pas finalement cet état-là, parce qu’il me fait vibrer, parce qu’il est intense, parce qu’il me fait créer ?
On peut passer beaucoup de temps à vouloir s’en défaire, alors qu’en réfléchissant bien, on peut aussi se rendre compte qu’on s’en empêche soi-même. Un peu comme un syndrome de Stockholm dans lequel on serait son propre geôlier. J’ai voulu faire un parallèle avec les addictions et les relations toxiques, parce que finalement tout est lié. Ce morceau parle de ces moments où on aime ce qui nous fait du mal.
« Qu’est-ce qu’on y gagne ? », est parti d’une rupture professionnelle. J’ai voulu retranscrire ce sentiment dans une relation de couple, parce qu’une rupture professionnelle est aussi souvent une rupture humaine. Je me suis servi de cette émotion pour écrire un morceau sur le fait de couper les ponts.
C’est quelque chose que beaucoup de gens ont déjà vécu, dans un sens comme dans l’autre. C’est toujours très violent, ce deuil un peu forcé, ce suicide relationnel où l’on décide intentionnellement de mettre fin à une relation et de ne plus jamais entendre parler de l’autre. Je trouve ça extrêmement violent. Ça parle du désarroi de celui qui reste. Volontairement, j’ai un peu poussé le trait, le rendant presque irrationnel, car c’est la souffrance qui le fait parler. Alors qu’au fond, je suis tout à fait d’accord que parfois, couper les ponts est nécessaire et peut faire du bien, même à celui à qui c’est imposé.
« Mon histoire », le prochain morceau, a existé dès le début de cette période. Il a eu une version complètement différente. Je venais de sortir de la comédie musicale « Starmania », et j’ai été profondément touché par ce spectacle. Ça m’a renversé.
En rentrant en scooter de « La Seine Musicale », je pleurais dans mon casque. Les paroles de la chanson me sont venues à ce moment-là. J’écrivais dans ma tête en essayant de tout retenir. J’ai roulé comme ça pendant vingt-cinq minutes, et une fois arrivé, je me suis précipité sur mon ordinateur pour écrire tout ce qui m’était venu.
Le morceau s’est écrit comme une urgence, presque comme une immense envie de pisser : il fallait que ça sorte. Musicalement, en revanche, il a connu plusieurs versions. Au début, forcément, je l’avais composé dans un esprit très comédie musicale, en piano-voix. Aujourd’hui, c’est un morceau beaucoup plus électro, avec une couleur totalement différente, presque une autre mélodie. Mais le texte, lui, est resté le même.
JustMusic.fr : L’EP sortira quand ? Avec qui as-tu collaboré ?
Marc Parodi : Je n’ai pas encore de date prévue. Je sors mes morceaux un par un pour le moment, et je verrai où ça me mène. J’ai travaillé tout seul sur tout le processus, mais Damien Bolo a mixé et masterisé Papillon noir. J’ai mixé « Qu’est-ce qu’on y gagne ? », et il a été masterisé par Christophe Menanteau.
JustMusic.fr : Des concerts sont-ils prévus pour accompagner cette sortie ?
Marc Parodi : Oui, des dates sont en train de se programmer à partir de juin. J’en dirai plus très vite sur mes réseaux sociaux !
Marc Parodi : Déjà, il faut savoir que je vis très mal le travail solitaire. Travailler seul, être seul toute une journée, ça me déprime au plus haut point. Donc pouvoir travailler avec d’autres personnes, ça me fait un bien fou.
Ensuite, je trouve ça hyper intéressant d’écrire pour d’autres artistes, de donner ses mots à d’autres voix, à d’autres personnalités. Sur « Adieu tant pis », on l’a coécrit avec Tibz et le duo 21 Juin. Tout le texte n’est pas de moi, mais le fait de le créer ensemble, d’échanger nos idées, de rebondir sur des propositions, j’en garde un super souvenir. On apprend aussi des autres, sur leur façon de travailler, d’aborder une chanson. J’espère vraiment qu’on pourra recommencer l’expérience !
JustMusic.fr : Y a-t-il des artistes pour lesquels tu as récemment écrit, ou avec qui tu aimerais collaborer à l’avenir ?
Marc Parodi : J’ai surtout fait des prods pour des artistes comme Dorémus, O c’est nous, Emma Daumas. J’aimerais beaucoup travailler avec cette nouvelle vague de chanteuses : Héléna, Marguerite, Kimi. Elles ont quelque chose que j’adore, mais je crois qu’elles sont déjà bien entourées !
JustMusic.fr : As-tu des coups de cœur musicaux en ce moment ?
Marc Parodi : J’ai adoré le dernier album de Terrenoire. Je trouve les prods et le mix incroyables. Il y a un condensé de bonnes idées, au service de deux voix très profondes. Je suis fan !
JustMusic.fr : Pour conclure, qu’as-tu envie de dire au public pour lui donner envie de découvrir ton univers ?
Marc Parodi : J’ai envie de dire que si une partie de cette interview résonne un peu chez quelqu’un, alors mes chansons devraient résonner aussi !
Je suis aussi pas mal présent sur les réseaux sociaux, sur lesquels je sors des clips de mes propres titres mais aussi des covers dans un format particulier. Je mets en musique la voix parlée, que ce soit des scènes de films, des interviews ou même, dernièrement, la vidéo de Pierre-Jean Chalençon suite au braquage du Louvre. Venez, vous serez bien accueillis !!!



