INTERVIEW : Rencontre avec LMA

Après avoir séduit le public avec son premier album « Petit prince », LMA a dévoilé l’EP « Inutile ». Avant son concert aux « Trois Baudets » à Paris le 17 avril, l’artiste s’est confié à JustMusic.fr sur ce nouveau projet et ses envies musicales.

JustMusic.fr : Après « Petit prince », qui avait déjà marqué les esprits, tu reviens avec l’EP « Inutile ». Dans quel état d’esprit étais-tu au moment d’écrire ces nouveaux morceaux ?

LMA : Je voulais enchaîner rapidement après l’album pour ne pas trop ressentir le « baby blues » de l’après-projet, qui a été très intense émotionnellement dans sa création et sa sortie. Avec Cydot et Nitram, mes deux musiciens, on avait aussi envie d’expérimenter d’autres influences musicales, comme l’électro et le rock, qui font partie de nos inspirations, dans un EP moins centré sur le texte et sur une thématique précise.

JustMusic.fr : Le titre « Inutile » est très fort. Pourquoi avoir choisi ce mot pour nommer ce nouveau chapitre de ton parcours ?

LMA : Parce que j’avais besoin de faire mon coming out musical, de dire : voilà, vous m’écoutez peut-être pour des textes plus personnels, mais j’ai aussi envie de m’amuser et d’expérimenter. Désolé si ce n’est pas ce que vous attendez de moi, mais c’est ce que j’ai besoin de faire à l’instant T. C’est à prendre ou à laisser. Et puis c’est drôle de « vendre » quelque chose et de l’appeler « Inutile ». Ça ressemble un peu à du sabotage, mais c’était une étape nécessaire pour la suite.

JustMusic.fr : Tes chansons mêlent rap, pop, électro et parfois même des textures rock. Est-ce que ce mélange est instinctif ou est-ce une volonté consciente de ne jamais te laisser enfermer dans un genre ?

LMA : Je pense que c’est important d’être libre de ses choix pour ne pas devenir sa propre caricature. Quand un morceau fonctionne, on est vite tenté de refaire la même chose, mais sur le long terme je pense que c’est une mauvaise idée. J’ai besoin d’essayer des choses, quitte à me planter parfois. Et puis, avant d’être des artistes, on est des fans de musique : il faut rester curieux et ouvert.

JustMusic.fr : Sur cet EP, tu retrouves Julien Bousquet et Yoann Lê à la réalisation. Qu’est-ce que cette collaboration apporte de particulier à ton univers ?

LMA : Pour « Petit prince », on a presque tout fait nous-mêmes, c’était épuisant même si c’était très fort en termes d’expérience. Pour l’EP, Julien s’est occupé des arrangements et Yoann a réalisé le mix et le mastering. Pour Julien, c’était une volonté d’avoir un regard neuf sur notre musique et de profiter aussi de ses talents de musicien pour nous aider à concrétiser nos idées. Quant à Yoann, avec qui on avait déjà travaillé ponctuellement et avec qui on a lié une amitié, je savais qu’en plus d’être une référence dans son domaine, il allait parfaitement comprendre où on voulait aller et nous aider à aller au bout du processus.

JustMusic.fr : Ton écriture est souvent décrite comme poétique mais aussi très frontale. Comment trouves-tu cet équilibre entre fragilité et brutalité dans tes textes ?

LMA : Je ne sais pas vraiment. C’est un peu bateau, mais j’essaie d’être le plus sincère possible. La brutalité vient peut-être du fait que les sujets que j’évoque ne sont pas les aspects les plus simples de la vie. Pour la fragilité, c’est simplement que si tu ne montres pas un peu de toi, si tu ne te montres pas vulnérable, l’émotion ne peut pas passer.

JustMusic.fr : Le clip « Comptine » a dépassé le million de vues et abordait un sujet très fort, les violences conjugales. Est-ce important pour toi que ta musique porte aussi un regard sur la société ?

LMA : « Comptine », c’est un accident. Ça devait être le morceau caché de l’album, dans son petit coin. Au final, c’est lui qui a porté le projet dans son ensemble et que les gens ont retenu. Comme quoi, parfois, il ne faut pas trop faire de plans sur la comète. J’ai l’impression qu’il touche les gens parce qu’il est sincère et finalement plus universel que ce que je pensais. Il est peut-être « engagé » par son aspect social et intime justement.

JustMusic.fr : Plusieurs morceaux de l’EP racontent des histoires très visuelles, presque cinématographiques, comme « Porco Rosso ». Est-ce que tu penses tes chansons comme des petits films ?

LMA : « Porco Rosso », c’est une référence directe à une œuvre qui a marqué mon adolescence. Je suis très inspiré par le cinéma. J’essaie d’avoir des images fortes pour qu’on puisse rapidement se sentir dans un mood à l’écoute des morceaux. Je parle souvent de la mer et du soleil, parce que la Méditerranée, c’est aussi l’endroit où je me sens le plus chez moi, un peu comme une madeleine de Proust.

JustMusic.fr : « Sans toi », avec Chloëmoi, propose une autre couleur, plus R’n’B et intime. Comment est née cette collaboration ?

LMA : C’est une chanson que j’ai écrite pour ma copine de l’époque, un peu spontanément, quand tu es tout feu tout flamme au début d’une relation. J’avais déjà le refrain, mais on s’est vite dit que ce serait cool d’avoir une présence féminine sur le morceau. C’est un ami en commun, Rémy, rédacteur d’ »Opus », un média à Toulouse, qui nous a mis en contact. Chloëmoi est venue au studio et en deux heures c’était plié. Elle a un super grain de voix et c’est précieux d’avoir des chanteuses R’n’B qui chantent aussi en français.

JustMusic.fr : On dit souvent que ton univers évoque parfois Stromae, Gaël Faye ou même Mac Miller. Est-ce que ce sont des artistes qui t’ont accompagné dans ton parcours ?

LMA : Mac Miller, c’est plus qu’une référence : c’est une religion pour moi. Le personnage, la liberté musicale, l’écriture, cette nonchalance pleine de sensibilité… Je suis triste parce que je l’ai vraiment découvert en profondeur après sa mort. Stromae, Gaël Faye, Oxmo Puccino et tant d’autres, c’est plus une « famille » d’écriture rap à laquelle j’espère modestement appartenir à ma petite échelle. Ce sont des précurseurs, des tontons.

JustMusic.fr : Sur scène, tu défends tes morceaux en power trio avec tes musiciens. Qu’est-ce que le live te permet d’exprimer que le studio ne peut pas toujours montrer ?

LMA : Oui, c’est très important pour moi d’avoir des musiciens, même si c’est contraignant sur certains aspects logistiques et financiers. Je mets beaucoup d’énergie dans le live et dans l’échange avec le public. J’ai toujours envie de proposer quelque chose de différent en concert par rapport au disque, de surprendre les gens.

JustMusic.fr : Tu seras en concert aux « Trois Baudets » le 17 avril. À quoi peut s’attendre le public ce soir-là ?

LMA : À une réunion de famille, avec des invités et des surprises. On va vraiment se faire plaisir sur la liste des chansons, il y aura de tout. Les « Trois Baudets » sont un lieu mythique à Paris, donc on va essayer d’être à la hauteur de l’événement pour notre première là-bas.

JustMusic.fr : Ton parcours semble guidé par l’idée de transformer tes failles en chansons. Est-ce que la musique est devenue une forme de réparation pour toi ?

LMA : Je l’ai longtemps pensé, mais maintenant je suis plus mitigé. C’est aussi rouvrir des plaies, réveiller des fantômes du passé. C’est peut-être libérateur au moment de la création, mais ensuite il faut savoir s’en libérer. Je réécoute très rarement les morceaux une fois qu’ils sont sortis.

JustMusic.fr : Pour finir, si quelqu’un découvre LMA aujourd’hui avec « Inutile », qu’aimerais-tu qu’il ressente en écoutant ces six titres ?

LMA : Ce qu’il ou elle a envie ! Il y a de tout dans cet EP. Que chacun se l’approprie. Tu peux adorer un titre et skipper celui d’après, c’est un peu l’idée.

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