INTERVIEW : Rencontre avec Collëtte

À l’occasion de la sortie des titres « Rêve » et « Risque », Collëtte nous parle de son parcours, de son univers pop alternative et du chemin intime qui l’a menée vers la musique.

JustMusic.fr : Pour commencer, comment te présenterais-tu à quelqu’un qui te découvre aujourd’hui ?

Collëtte : Moi, c’est Colette, avec deux « t » et un tréma sur le « e ». Je fais de la chanson pop alternative, après avoir exploré des univers plus jazz et électro. C’est un projet qui mêle douceur et énergie.

JustMusic.fr : Ton nom d’artiste est un hommage à ta grand-mère. Qu’est-ce qu’elle représente dans ta construction artistique ?

Collëtte : C’était une femme d’une liberté incroyable qui m’a beaucoup inspirée. Elle se fichait pas mal du regard des autres et vivait de façon très libre. Elle dessinait beaucoup : c’était une vraie artiste dans son quotidien, même si elle n’en a jamais fait son métier. Prendre son prénom, c’est une manière pour moi d’incarner cette liberté-là.

JustMusic.fr : Tu as découvert ta voix assez tard, presque par hasard. Est-ce que ça a changé ta manière d’aborder la musique aujourd’hui ?

Collëtte : Complètement. Je savais que je chantais juste, mais c’est un voisin producteur qui m’a entendue et m’a retrouvée sur Facebook pour me dire que ma voix méritait d’exister. Ça a tout déclenché. Mon rapport à la musique a évolué en même temps que mon rapport à moi-même. On peut dire que la musique a assaini ma relation avec mon identité.

JustMusic.fr : Ton projet semble très lié à une forme de reconstruction personnelle. Est-ce que la musique a été une nécessité à un moment de ta vie ?

Collëtte : Elle a toujours été là, mais elle est devenue vitale après le décès de ma sœur en 2019. J’ai remis toute ma vie en question et c’est la musique qui est venue soigner des blessures profondes au fil des mois. C’est un processus vraiment salvateur pour moi.

JustMusic.fr : Après un premier EP en 2024, qu’est-ce que ces deux années t’ont apporté artistiquement ?

Collëtte : Surtout l’importance de la collaboration. J’ai compris qu’en étant seule, on va moins loin dans l’exploration de soi et de son son. Travailler avec d’autres artistes m’a permis de chercher une identité encore plus personnelle et plus affirmée que sur mon premier EP.

JustMusic.fr : Tu dévoiles deux titres très rapprochés, « Rêve » (3 avril) et « Risque » (10 avril). Pourquoi ce choix de diptyque ?

Collëtte : Ces deux chansons sont indissociables, elles vont ensemble. « Rêve » est la première que j’ai écrite pour l’album, et dès qu’on a fini la démo avec mon pianiste Bruno, on a senti qu’il fallait une suite. En live, on les joue d’ailleurs sans aucune coupure. « Risque » est la réponse au rêve : c’est le passage à l’action une fois qu’on accepte de suivre ses envies.

JustMusic.fr : « Rêve » est très introspectif, presque suspendu, alors que « Risque » est beaucoup plus énergique. Est-ce que ce sont deux facettes de toi ?

Collëtte : Totalement. Dans l’album, « Rêve » est d’ailleurs la chanson pivot qui amène l’électro. Je suis un mélange de ces deux facettes : tantôt très douce, un peu romantique avec le piano-voix et le saxo, et tantôt très énergique, avec mille idées qui fusent à la minute.

JustMusic.fr : On sent une forte dimension émotionnelle dans tes morceaux. Est-ce que tout part du texte chez toi ?

Collëtte : Pour le moment, oui. Mon écriture est une introspection, un besoin de mettre des mots sur ce que je ressens pour pouvoir composer ensuite. Mais maintenant que je me sens libérée de beaucoup de blessures, j’ai envie de tester l’inverse : partir de la musique, du pur plaisir de la composition, pour arriver aux textes.

JustMusic.fr : Tes influences vont de la chanson française à des univers plus électro ou jazz-pop. Tu te sens appartenir à une scène en particulier ?

Collëtte : Je dirais que j’appartiens à la scène de la chanson pop française, avec ce côté alternatif. Aujourd’hui, les frontières sont floues et c’est tant mieux, mais le cœur de mon projet reste la variété française avec des influences très hybrides.

JustMusic.fr : D’ailleurs, quelles sont les artistes que tu affectionnes ?

Collëtte : J’écoute beaucoup d’artistes anglo-saxonnes comme Olivia Dean, Raye ou James Blake, qui est incroyable en production. Charlotte Cardin m’a aussi beaucoup inspirée, surtout sur son dernier album.

JustMusic.fr : Sur scène, tu parles de résilience, d’effondrement puis de reconstruction. C’est important pour toi de raconter une histoire en concert ?

Collëtte : Oui, j’ai besoin de cet arc narratif. Je veux amener les gens à traverser ces émotions avec moi, même les plus douloureuses. Je veux montrer qu’on peut se libérer de traumatismes lourds, comme les violences faites aux enfants dont je parle dans certains titres. Mon but est de dire que derrière l’ombre, il y a toujours la lumière.

JustMusic.fr : Tu es entourée d’un trio très impliqué dans le projet. Qu’est-ce que ça change dans ton rapport à la scène ?

Collëtte : On est un vrai collectif avec Zoé, Bruno et Camilo. Ce sentiment de groupe m’aide à être plus juste dans mon expression individuelle. Partager la recherche d’idées et bosser en studio avec des gens qui m’accompagnent jusqu’au live, ça crée un esprit de collaboration hyper stimulant.

JustMusic.fr : Tu assureras la première partie de Marie-Flore le 11 avril au Palais des Congrès de Versailles. Comment te prépares-tu à chanter devant un public qui n’est pas le tien ?

Collëtte : Je me prépare avec un coach scénique depuis un an pour savoir exactement où je me situe intérieurement sur chaque chanson. Je suis assez sereine parce que je vois la scène comme un espace de liberté totale. J’ai surtout hâte de prouver que ma musique mérite d’être entendue.

JustMusic.fr : Ton premier album est prévu pour l’automne 2026. Qu’est-ce que tu peux nous dire de cette nouvelle étape ?

Collëtte : C’est un long chemin, beaucoup de travail. On va sortir plusieurs singles d’ici là pour faire découvrir l’univers progressivement. C’est le début d’une suite que j’espère longue.

JustMusic.fr : Tu évoques un « chemin de réparation intérieure » dans ce projet. Est-ce que l’écriture t’a transformée ?

Collëtte : Complètement. Chaque étape de la création de cet album m’a transformée. Sortir un titre comme Faut pas que j’en parle, qui traite de l’amnésie post-traumatique, a été difficile mais m’a permis de me libérer d’un silence imposé. Tout ce processus artistique est incroyablement salvateur.

JustMusic.fr : Si tu devais résumer cet album en quelques mots, ce serait lesquels ?

Collëtte : Doux, énergique et réparateur.

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