INTERVIEW : Rencontre avec Bey

À l’occasion de la sortie de son projet « Pas si différent », Bey s’est confié sur son évolution artistique, ses influences rock, ses émotions à fleur de peau et son envie de fédérer une communauté autour de sa musique. De « The Voice » à ses prochains concerts, l’artiste affirme une identité sincère et intense, entre rage et vulnérabilité.

JustMusic.fr : Le grand public t’a découvert dans « The Voice ». Quels souvenirs gardes-tu de cette période et en quoi cette expérience t’a construit artistiquement ?

Bey : J’en garde un super bon souvenir, en vrai. C’était une des expériences les plus exaltantes de ma vie, je dirais. Très stressante aussi : les auditions à l’aveugle, c’était clairement le moment le plus stressant de ma vie, je n’ai aucun débat là-dessus. J’ai rencontré plein de gens incroyables et c’était surtout super intéressant de voir, tu sais, un peu la fourmilière que c’est. Quand les caméras coupent, t’as quinze corps de métier qui se coordonnent parfaitement pour que tout se fasse au bon moment. Franchement, c’était super enrichissant de voir ça. Tout le monde était ultra bienveillant. Très stressant, mais très cool, et ça m’a permis de prendre un peu de visibilité. Donc franchement, très bonne expérience.

JustMusic.fr : Après l’émission, comment as-tu réussi à affirmer ton identité, loin du cadre télévisuel ?

Bey : En fait, moi je suis un peu tombé dans « The Voice » par hasard. Ce n’était pas prévu, ce n’était pas dans ma stratégie. J’avais déjà quelque chose de construit : on devait commencer à sortir les singles petit à petit à partir d’avril. Et « The Voice » est arrivé pile au bon moment. Du coup, comme je suis sorti assez vite de l’émission, j’ai très rapidement redirigé les gens vers ma musique, qui était déjà prête : les titres qui étaient sortis, ceux qui allaient arriver, les contenus sur les réseaux…

Donc en vrai, ça a été assez facile. Et surtout, je suis très content d’avoir réussi à me détacher très vite de l’image « Bey de The Voice » pour que ce soit juste Bey qui fait un peu de rock, tu vois. Donc franchement, je trouve que j’ai assez bien rebondi.

JustMusic.fr : Pas si différent est pensé comme un double EP, presque un diptyque. À quel moment as-tu su que tu voulais raconter cette histoire en deux volets ?

Bey : En fait, ça s’est fait pendant la création du projet. À la base, je n’avais pas du tout prévu de faire deux volets. Je voulais juste faire un projet qui parle un peu de ma découverte du monde, de ma découverte des autres, du moment de ma vie où je commence à trouver ma place.

Et puis, à travers mes expériences et en travaillant les morceaux, je me suis rendu compte qu’il y avait vraiment deux énergies, deux vibes complètement différentes dans le projet, même si ça reste un propos commun : la découverte du monde et de soi. Je me suis dit qu’il y avait tout ce côté ultra exaltant, brillant, très joyeux, plein d’espoir, de ce que le monde a à nous offrir… mais aussi le côté beaucoup plus désabusé, plus sombre, plus agressif, que le monde peut aussi malheureusement proposer.

À ce moment-là, on s’est dit que, d’un point de vue stratégique, c’était super intéressant de le sortir en deux parties, parce que ça nous permettait d’étaler dans le temps et d’aller chercher des partenaires. Mais aussi, d’un point de vue artistique, ça faisait sens : les morceaux lumineux sont avec des accords plus majeurs, plus joyeux, alors que les morceaux plus sombres sont plus durs, plus mélancoliques. Il y avait vraiment deux teintes différentes. Donc c’est venu assez naturellement, au fur et à mesure de la création du projet.

JustMusic.fr : Musicalement, cette nouvelle partie est plus frontale, plus rock, parfois presque metal. Avais-tu besoin d’une énergie plus brute pour exprimer ce que tu traversais ?

Bey : Ouais, je pense que ça s’est fait assez naturellement. J’ai simplement décidé de traiter des sujets un peu plus sombres, un peu plus profonds. Et musicalement, mes références à moi, c’est le métal et le gros rock qui tâche, donc je trouvais ça ultra pertinent et cohérent.

En vrai, ce n’était pas particulièrement réfléchi : ça s’est fait assez instinctivement. C’était vraiment pour matcher cette teinte-là, cette ambiance-là, qu’il fallait quelque chose de plus sombre et de plus agressif, parce que c’est aussi ce que je raconte dans cette deuxième partie.

JustMusic.fr : Dans « Chien d’amour », tu captures le vertige des soirs sans repère. La nuit est-elle un moment particulier dans ton processus d’écriture ?

Bey : Ouais, en vrai ça l’est. Souvent, tu sais, ça m’arrive de me réveiller en pleine nuit avec une idée de titre, ou alors je n’arrive pas à dormir et je cogite. Du coup, je pose quelques phrases comme ça sur mon téléphone. Et le lendemain matin, ou parfois même dans la nuit, je descends au studio et je commence à travailler dessus.

Donc ouais, la nuit, c’est super important pour moi. C’est un moment où je me retrouve un peu, où je retrouve mes repères, où je prends du recul avant de m’endormir. Et ça participe à 100 % au processus créatif, ces moments-là.

JustMusic.fr : « Tâches d’encre » évoque les amours toxiques. Est-ce une chanson très personnelle ou plutôt un miroir d’histoires universelles ?

Bey : Je pense que c’est un peu les deux. Dedans, je raconte à la fois des témoignages d’amis que j’ai eus, de femmes que j’ai rencontrées dans ma vie et qui se sont retrouvées dans des relations d’emprise, avec des violences psychologiques ou physiques… et aussi ce que moi j’ai pu traverser.

J’ai fait un mélange de tout ça pour essayer d’avoir quelque chose de le plus universel possible, et pour vulgariser ce sujet-là, afin que ça puisse toucher, que le maximum de personnes puissent s’y reconnaître, et peut-être les aider à sortir de ces relations d’emprise.

JustMusic.fr : « Peur de tout » semble parler d’une angoisse générationnelle. Te sens-tu le porte-parole d’une jeunesse qui doute et cherche sa place ?

Bey : Je ne sais pas si j’aurais la prétention de dire que je suis un porte-parole, mais en tout cas, je fais partie de cette génération. Ce sont des doutes, des peurs, des craintes que je vis moi aussi au quotidien. Et en tant qu’artiste, on a un peu ce « super pouvoir » : c’est notre rôle. On est des gens normaux, sauf qu’on a appris à mettre des émotions et des ressentis en mots et en musique, à les rendre accessibles.

Du coup, les gens qui écoutent n’ont pas besoin de faire ce travail-là eux-mêmes, donc forcément ils s’y retrouvent. Mais mon but, c’est simplement de raconter ce que je traverse, ce que je vis, en sachant très bien que je fais partie d’une génération qui me ressemble, qui a les mêmes références que moi, qui a grandi avec Internet et avec les mêmes traumas générationnels.

Donc forcément, il peut y avoir de l’identification. Et sans vraiment le vouloir, je prends un peu ce rôle-là — en tout cas celui de mettre en forme ces craintes.

JustMusic.fr : « Merci » aborde la rupture, mais avec un titre presque paradoxal. Est-ce une manière de transformer la douleur en force ?

Bey : C’est complètement ça, c’est précisément ça, même. Ce morceau, je l’ai écrit il y a un peu plus de trois ans, quand j’ai vécu une rupture très compliquée, avec une énorme trahison. J’avais écrit le premier couplet et le refrain à ce moment-là — d’ailleurs, ce sont toujours les mêmes aujourd’hui.

Mais je ne l’avais pas sorti à l’époque, parce que je trouvais que je manquais de recul sur la situation. Je savais qu’au bout du compte j’allais dire « merci », mais je ne savais pas encore pourquoi. Je ne le ressentais pas vraiment, et je ne me sentais pas légitime de le dire.

Et puis, en travaillant sur les titres du projet, je me suis dit que ce serait super de réécrire le deuxième couplet avec le recul que j’ai aujourd’hui, en comprenant vraiment ce que cette rupture m’a apporté, et pas seulement ce qu’elle m’a pris. Au final, c’est un vrai merci. Mon amie Illa vient de sortir un morceau qui s’appelle « Merci d’avoir détruit ma vie », et je le vois un peu comme ça aussi : merci, parce que grâce à ça je suis plus fort, j’ai moins peur, et je peux avancer plus sereinement en ayant appris cette leçon.

Donc ouais, c’est un chemin vers la paix, en tout cas.

JustMusic.fr : On ressent beaucoup de rage mais aussi de fragilité dans ces nouveaux titres. Comment trouves-tu l’équilibre entre force et vulnérabilité ?

Bey : Je pense que justement, il faut chérir ses vulnérabilités. Il faut en prendre soin et être honnête avec elles, parce qu’au final, c’est ça qu’on transforme en force. Le propos global du projet, c’est d’être capable d’être honnête avec soi-même pour pouvoir être honnête avec le monde, et trouver sa place le plus fidèlement possible.

Mes vulnérabilités, mes failles, mes faiblesses, ce sont des choses que je chéris, parce qu’elles font partie de moi. Mais il faut aussi parfois taper du poing sur la table pour affirmer ses valeurs, ses principes. Je pense que c’est d’autant plus important à l’époque dans laquelle on vit, où tout est remis en question, où on est parfois moins serein dans ses choix et dans ses repères éthiques.

Donc oui, c’est important de laisser exister sa vulnérabilité, mais de la faire exister d’une manière où elle devient une force, quelque chose qu’on peut revendiquer et dont on est fier.

JustMusic.fr : La release party au « Klub » était complète en quelques heures. Comment ça s’est passé ?

Bey : C’était la meilleure soirée de ma vie. En vrai, j’ai un peu organisé la soirée de mes rêves. J’ai toujours été le petit émo du fond de la cour, tu sais, celui qui se maquille, qui met du vernis, des bracelets à clous, un peu bizarre… Et quand j’étais plus jeune, je n’avais pas vraiment de lieu pour retrouver des gens qui me ressemblaient, qui avaient les mêmes références que moi.

C’est aussi pour ça qu’on a créé tout un système autour de Discord, des lives Twitch, pour que les gens puissent avoir ce genre de refuge. Du coup, pour fêter la sortie de l’EP, je me suis dit : quoi de mieux que d’organiser une soirée vraiment dédiée à ça, à la communauté ? Une soirée que moi, j’aurais aimé avoir quand j’étais au collège ou au lycée et que je me sentais un peu seul.

Et ce que j’ai le plus aimé, c’est que les gens se sont tout de suite sentis en sécurité. Même s’il y avait plein de petits groupes au début, à la fin de la soirée on dansait tous ensemble, on chantait tous ensemble… c’était merveilleux. Et c’est ça, le but.

Mon objectif en tant qu’artiste, ce n’est pas seulement de faire de la musique — même si évidemment c’est essentiel — mais c’est surtout de fédérer, que les gens puissent se rencontrer, se retrouver, partager des moments. Et en ça, j’ai déjà réalisé une partie de mon rêve, parce que c’est vraiment mon plus grand objectif. Donc je suis trop heureux qu’on ait pu faire ça, et j’ai déjà hâte de recommencer, parce que ça m’a donné envie d’organiser plein d’autres soirées comme ça.

JustMusic.fr : Justement, il y a d’autres concerts de prévus : le 19 février à la « Boule Noire ». pour le « Synergies Live ! », le 11 avril au « Forum de Vauréal », le 15 avril de nouveau à la « Boule Noire » (déjà complet), puis le 11 juin au « Rock N Eat » à Lyon… Qu’est-ce que tu prépares pour ces prochaines dates ? Peut-on s’attendre à une mise en scène ou des surprises particulières ?

Bey : Sur la « Boule Noire » du 15 avril, il y aura beaucoup de surprises, parce que c’est mon gros headline que j’attends depuis pas mal de temps. J’ai la chance d’avoir des partenaires qui veulent vraiment faire ça bien avec moi, donc je me sens très chanceux, privilégié et surtout ultra reconnaissant. Il va y avoir des guests, des surprises, des exclus, évidemment.

Et déjà sur les nouveaux sets que je suis en train de préparer, même pour le 19 février la semaine prochaine, je vais intégrer quelques exclus : des titres de Pas si différent, mais aussi des morceaux de la suite, qui arrivera dans un peu plus d’un an. J’ai trop hâte d’avoir le retour du public là-dessus.

J’ai surtout hâte de montrer ce que je vaux sur scène, parce qu’au final je n’ai pas encore eu tant d’occasions que ça de le faire. Donc j’ai vraiment hâte de revoir les gens, de retrouver mon public, et qu’on partage de super moments ensemble.

JustMusic.fr : Quels sont tes coups de cœur musicaux du moment ?

Bey : Alors moi, je vais faire un peu de pub pour les copains ! Mais si vous avez l’occasion d’aller voir des concerts à Paris, allez voir Do not Do : c’est un groupe absolument exceptionnel. Ce sont des amis, ils sont trop forts. C’est un de mes groupes préférés à voir sur scène parce que c’est une musique hyper fun, avec une énergie de fou malade que j’adore.

Il y a aussi une de mes meilleures amies, Illa, dont j’ai parlé juste avant, qui est pour moi l’une des meilleures parolières qu’on ait en France, et de très loin. Elle a des propos engagés et, pour le coup, c’est une vraie porte-parole. Elle a une voix importante, qui fait du bien à la société, dans ce qu’elle défend.

Et évidemment, il y a mes petites chouchoutes, les Diabolo Fraiz. J’ai la chance de m’occuper de la direction musicale de leur live, et dedans il y a ma meilleure amie Tayane, avec qui j’ai fait « The Voice », qui est la batteuse. Je suis choqué de leur évolution : il y a de super morceaux qui vont arriver et j’ai hâte que la France découvre encore mieux ce que le rock a à nous proposer.

JustMusic.fr : La nouvelle saison de « The Voice » va bientôt commencer. Quels conseils peux-tu donner aux talents ?

Bey : En fait, quand j’ai fait l’émission, il y a quelque chose qui m’a parfois un peu frustré chez certains candidats : pour beaucoup de personnes, « The Voice » est une fin en soi. C’est un rêve, je peux le comprendre, le concevoir. Moi, ce n’était pas le mien, mais j’ai quand même vécu un rêve en étant là-bas, quoi qu’il arrive. Rencontrer, serrer la main à Nikos — pardon — c’est quand même un truc de fou (sourire).

Mais le conseil que je peux vraiment donner, c’est de ne pas voir ça comme une finalité. Même si tu sors tôt dans l’émission, c’est un tremplin de visibilité, et il faut vraiment le voir comme ça. Il faut en profiter, chérir chaque instant, essayer de rencontrer un maximum de personnes. Au final, les gens que j’ai rencontrés là-bas font partie de mon réseau aujourd’hui : ce sont des gens que je vois encore toutes les semaines, avec qui je partage énormément de choses.

Donc il y a vraiment quelque chose où il faut penser à l’après, à l’après « The Voice ». Que tu ailles loin dans l’aventure ou que tu sortes au tout début, quoi qu’il arrive tu vas vivre des choses extraordinaires, et la suite n’en sera que plus belle, enrichie de cette expérience. Voilà ce que je dirais aux futurs candidats.

JustMusic.fr : Si tu devais résumer « Pas si différent » en une phrase, que dirais-tu à celles et ceux qui n’ont pas encore plongé dans ton univers ?

Bey : Je leur dirais qu’il faut s’accepter, qu’il faut chérir ses parts d’ombre comme ses parts de lumière pour enfin être pleinement soi, et pour pouvoir être le plus honnête possible avec soi-même. Ce projet, c’est une ode au doute, une ode à la peur, aux craintes, mais aussi à la vie, au bonheur, aux joies comme aux peines.

En fait, « Pas si différent », c’est vivre. C’est inciter les gens à vivre, même quand ce n’est pas évident, même quand il y a des situations complexes. Il faut vivre des choses pour pouvoir les raconter plus tard, pour pouvoir être fier, pour pouvoir être triste, pour pouvoir ressentir. Il faut vivre, tout simplement. Et c’est ça, ce projet.

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