INTERVIEW : Rencontre avec Amay Laoni

Entre pop organique et émotions à fleur de peau, Amay Laoni transforme ses failles en force. Portée par une écriture sincère et une envie d’apporter de la lumière, l’artiste québécoise se confie sur ses influences, ses rêves, et ce lien intense qu’elle tisse avec la France, où son projet continue de grandir.

JustMusic.fr : Tu es québécoise : comment ont commencé tes débuts dans la chanson, et à quel moment tu as compris que tu voulais en faire ton chemin ?

Amay Laoni : La musique a toujours été présente dans ma vie, dans ma famille : je suis un peu née dedans (sourire). Mes parents se sont rencontrés grâce à la musique. Ils n’étaient pas des artistes professionnels, mais de vrais passionnés. Du côté de ma mère, avec ses sœurs, elles jouaient chacune d’un instrument et se produisaient lors des fêtes de famille. Mon père est chansonnier, ma mère chantait avec ses sœurs… Je n’ai jamais vraiment pensé faire autre chose. Je me souviens que, quand j’étais plus petite, j’ai suivi un an de cours de piano et je détestais ça (rires). Ma mère m’a ensuite proposé de prendre des cours de chant : j’avais 7 ans et je ne savais même pas que ça existait, mais j’ai tout de suite accepté (sourire).

JustMusic.fr : Qu’est-ce qui t’a donné confiance au départ ?

Amay Laoni : Je crois que, justement, au départ, c’était vraiment le chant. Avant, je ne pensais même pas écrire mes propres chansons. Aujourd’hui, non seulement j’écris mes titres, mais je collabore aussi avec beaucoup d’artistes. Mais ça, c’est arrivé plus tard dans mon parcours. Pendant toute mon enfance et mon adolescence, c’était surtout l’interprétation : je reprenais des chanteuses et chanteurs très connus, comme Céline Dion, Natacha St-Pier… J’interprétais leurs chansons, tout simplement. Et comme je te dis, ensuite l’écriture est venue, mais la confiance du début, c’était vraiment le chant.

JustMusic.fr : Te souviens-tu de la première chanson que tu as écrite ?

Amay Laoni : La première chanson que j’ai écrite était vraiment atroce (rires). C’était pour un concours de chant que j’avais fait en tant qu’interprète et que j’avais gagné. Et puis, deux ans plus tard, on avait besoin d’une chanson thème pour ce même concours. C’est mon chéri, Étienne, qui était à la direction musicale, qui m’a dit : « Pourquoi tu n’essaierais pas d’écrire pour ce concours ? Une chanson thème. » On l’a fait ensemble, Étienne et moi. Et je ne sais pas si j’aurais envie de la réécouter aujourd’hui… je ne pense pas que c’était de très bonne qualité, mais ça a quand même été mes premiers pas dans l’écriture.

En fait, je dis ça, parce que c’est la première chanson qui est sortie publiquement. Avant, j’avais déjà fait quelques petites compos de mon côté, pour des crushs amoureux que j’avais au secondaire. Mais sinon, c’était vraiment ça, le début.

Et je te dirais que l’écriture est arrivée ensuite un peu « par défaut », faute d’auteurs et d’autrices autour de moi. Je n’avais pas de gens dans mon entourage qui écrivaient des chansons. Je n’habitais pas en ville… enfin si, j’habitais en ville, mais ce n’était pas Montréal. Alors je me suis dit : « OK, je vais essayer d’écrire. »

Et c’est fou parce qu’aujourd’hui, non seulement j’écris mes propres chansons, mais on m’appelle aussi pour écrire pour les autres, écrire et composer. Même si, le plus souvent, c’est surtout de l’écriture que je fais. Donc c’est assez fou.

JustMusic.fr : Ton album « Le cœur des oiseaux de cendre », sorti en avril 2025, est riche de 16 titres. Tu dis qu’il s’adresse à « tous les phénix » : pour toi, c’est quoi se reconstruire et repartir de zéro aujourd’hui ?

Amay Laoni : Ah mon Dieu… mais c’est l’histoire de la vie, je pense. C’est le cycle. Je ne sais pas si, aujourd’hui, je peux vraiment dire ce que représente pour moi un phénix, ou en tout cas ce que signifie ce genre de cycle-là. Mais je pense qu’en tant qu’êtres humains, on est peut-être de moins en moins en contact avec ce cycle pourtant essentiel : le cycle de régénération. Comprendre que ces cycles existent, et qu’ils sont nécessaires.

Et en tant que femme, forcément, je comprends ce cycle depuis plusieurs années (rires). Donc ça vient aussi avec ça. Pour moi, c’est hyper important d’embrasser toutes ces parties-là : autant l’ombre que la lumière. Parce qu’avec l’ombre, on construit quelque chose, et avec la lumière, ça nous permet de briller. C’était important, pour moi, de le comprendre.

Et puis le phénix devient de plus en plus fort parce qu’il se transforme. Donc je trouve que c’est essentiel d’accepter l’adversité comme quelque chose qui nous construit.

JustMusic.fr : Avec le recul, qu’est-ce que cet album a changé en toi, artistiquement ou humainement ?

Amay Laoni : Beaucoup de choses…, c’est une bonne question. Qu’est-ce que ça a changé ? Je pense que je suis encore plus en contact avec cette vulnérabilité-là, à l’intérieur de moi. Ça fait tellement d’années que je fais ce métier-là. J’ai de grands rêves, et des grands rêves, ça prend du temps. Et parfois, c’est long… parfois, on te décourage, et tout ça.

Et on dirait qu’avec cet album-là, j’ai eu envie d’embrasser encore plus toutes ces parties-là. J’ai compris que tout ça faisait partie du chemin. Avant, pour moi, à chaque fois que ça n’allait pas, que ça ne donnait pas le bon résultat au bon moment, c’était comme un échec. Mais aujourd’hui, avec l’âge que j’ai, avec l’expérience que j’ai, je comprends que la route est tellement riche… et que c’est ça qui construit, au final, une carrière.

JustMusic.fr : Musicalement, tu relies une pop organique à une dimension électro : comment tu as trouvé cet équilibre-là ?

Amay Laoni : Ah, c’est une bonne question. En fait, je pense que ça s’est un peu imposé naturellement. Parce que, comme tu dis, avant, c’était plus électro. Et puis, tu vois, depuis un peu plus d’un an — presque deux ans, je crois — on a à la maison un piano à queue. Et ça, ça a vraiment transformé beaucoup de choses.

Étienne, mon chéri, est pianiste. C’était un rêve qu’on avait depuis un certain temps. Et puis, à un moment donné, les astres se sont alignés : on a trouvé le bon piano pour notre studio. Et là, c’est devenu un peu l’âme du studio. Ça nous a permis de refaire beaucoup de choses… piano-voix.

Il y a aussi ma rencontre avec le public français qui m’a amenée vers quelque chose de plus organique. Pourquoi ? Parce que, quand on s’exporte, on ne peut pas amener tout le band, les instrumentistes, etc. Donc il fallait des formules plus petites. Très souvent, on nous demandait des sessions acoustiques : guitare-voix, piano-voix… Et ça nous a reconnectés à ce côté plus organique. Je pense qu’on a eu envie de l’intégrer de plus en plus dans le projet.

JustMusic.fr : Sur scène, quel morceau de l’album te touche le plus à interpréter, et pourquoi ?

Amay Laoni : La chanson « Plus grande que moi », ça parle de l’amitié. De la présence de nos amis dans les moments où c’est plus difficile. Et quand je l’ai chantée pour la première fois en France, il y avait justement une amie dans la salle, à qui je tiens énormément. Elle faisait partie de ces personnes auxquelles je pensais en écrivant le titre. Je me disais : je suis tellement chanceuse d’avoir ces amis-là autour de moi. Et oui… j’ai craqué. Ce n’était pas très « pro », mais c’était humain. C’était un beau moment, un vrai moment.

Je pense que cette chanson me touche autant parce qu’elle me rappelle que, dans l’adversité, on découvre aussi… et on reconnaît les amis qui nous entourent.

JustMusic.fr : Tu viens de dévoiler la live session de ton titre « D’ici ». Ce titre parle d’élan, de trajectoire, de choix : tu l’as écrit à un moment de bascule dans ta vie ?

Amay Laoni : Oui… en fait, « D’ici » parle de ce grand rêve qui peut m’habiter. Et je pense qu’on peut tous s’y reconnaître : on a tous des ambitions différentes. Parfois, l’ambition, c’est beau, c’est inspirant… mais des fois aussi, ça peut nous éloigner de certaines personnes. Et il faut accepter que ce sont juste des chemins qui se séparent, un peu comme ça.

En réalité, « D’ici » parle aussi d’amitié. Ça parle surtout de ces gens à qui tu dis… tu sais, ça arrive dans une trajectoire de vie : on est proches de certaines personnes pendant un temps, puis après, on se perd un peu. Et parfois, c’est à cause de nos ambitions, de nos choix, de nos opinions… il y a quelque chose qui se brise, ou qui s’éloigne. Et ce n’est pas grave, je pense qu’il faut l’accepter.

Mais dans cette chanson-là, j’étais peut-être encore dans un moment où je n’étais pas capable de l’accepter complètement. J’étais plus dans ce sentiment de : « Ah mon Dieu… ça fait mal quand même de se quitter comme ça. » Ça fait mal de sentir qu’on n’est plus sur la même page.

JustMusic.fr : La vidéo a été tournée au Musée Carnavalet à Paris : pourquoi ce lieu, et qu’est-ce qu’il apporte au morceau ?

Amay Laoni : En fait, pourquoi ce lieu au départ… Nous, on avait choisi de faire un tournage avec une super équipe qui s’appelle « Live me if you can ». Et c’est eux qui repèrent les lieux. Moi, j’avais parlé de musique, de ce qui pourrait être intéressant, on avait évoqué certaines idées… Et l’équipe m’a proposé le musée Carnavalet. Et là, tout de suite, ça m’a vraiment charmée.

C’est un lieu… oh mon Dieu, tu rentres et il y a tellement d’histoires. Je pense que c’est l’un des plus vieux musées que vous avez ici. Et qu’est-ce que ça apporte aux morceaux ? Ben justement, c’est ça qui est beau : vous avez tellement d’histoires, comparé à nous, que je trouve que ça amène une profondeur, une densité, juste par l’histoire du musée.

C’est comme si… quand tu lances une chanson, il y a différentes couches, et on dirait que quand tu es dans un endroit qui a autant d’histoires, c’est plus facile… je sais pas… on dirait que les couches se dévoilent davantage. Je sais pas, c’est peut-être un peu perché comme réponse, mais… ouais (rires).

JustMusic.fr : Tu as joué le 22 janvier aux « Balades Sonores » à Paris : comment s’est passé ce concert, et qu’est-ce que tu en retiens ?

Amay Laoni : J’ai adoré ! C’était très rigolo parce que c’est un disquaire. Et à l’intérieur, il y a deux petits chats qui se promènent… c’était trop magnifique. C’est un lieu très intime, et ce que j’ai adoré, c’est qu’il y avait même un des chats qui « chantait » avec moi (rires). J’ai eu de belles réactions, c’était trop drôle.

C’est toujours un plaisir de découvrir des petits endroits comme ça à Paris (sourire).

JustMusic.fr : Tu enchaînes Lille le 28 janvier au « We Are » », puis la première partie de Gervaise au « Pan Piper » le 30 janvier : comment tu adaptes ton set, ton énergie et ta façon d’aller chercher le public selon les salles et les formats ?

Amay Laoni : C’est drôle que tu me dises ça, parce que justement, hier, j’étais en représentation. C’était une sorte de performance d’environ 30 minutes, avec plusieurs invités. Et moi, j’ai toujours des costumes de scène assez élaborés, qui ont été créés avec une designer de chez moi qui s’appelle Maud Dubé-Lefebvre.

Ce sont vraiment mes costumes de scène. Donc, peu importe où je me trouve — que ce soit dans un bar ou dans une grande salle — ce sont les mêmes. Après, ce que j’adapte, je pense, c’est surtout à l’ambiance : l’intensité, les gens… Si le public est très retenu, je vais jouer avec ça.

Mais en termes de présence, et de manière de me présenter, pour moi c’est tout aussi important d’être habillée aux « Balades Sonores » que d’être habillée pour faire une première partie à « l’Olympia ». C’est la même chose. Et ça demande la même rigueur, je pense, et la même intention.

JustMusic.fr : Il y a des artistes québécois que tu aimes particulièrement et que tu conseillerais au public français, encore pas assez connus ici ?

Amay Laoni : C’’est une trop bonne question ! Tu vois, en ce moment, je ne sais pas si elle est encore peu connue en France, mais il y a une vraie révélation chez nous, au Québec : Adriane Cassidy. Elle est vraiment, vraiment incroyable, avec un univers super fort.

Sinon, dernièrement, mon ami Pierre Guitard a sorti son album. Et prochainement, il y a aussi mon amie Alexiane, qui fait des chansons magnifiques. J’ai d’ailleurs eu la chance de collaborer sur son album, et son approche est très « chanson française ». Donc voilà : Adriane Cassidy, Pierre Guitard et Alexiane.

JustMusic.fr : C’est quoi, le « secret » du Québec pour révéler autant d’artistes incroyables ?

Amay Laoni : Je pense qu’on baigne là-dedans, tout simplement. On grandit avec ça, on est entourés de musique. Tu sais, quand tu me demandais d’où je venais, je te disais déjà que, chez moi, mes parents étaient passionnés : la musique faisait partie du quotidien.

Et puis au Québec, on a beaucoup de concours, beaucoup de plateformes pour se faire entendre, pour se développer. À la limite, ça devient même un défi, parce qu’il y a tellement de propositions que tirer son épingle du jeu au milieu de tout ça, c’est quand même quelque chose. Mais en même temps, c’est beau, c’est riche.

Moi, je trouve ça magnifique qu’il y ait autant de talent, qu’on en ait autant au Québec. Je pense que ça vient aussi de ça : d’être exposé à la musique très tôt, et très souvent.

JustMusic.fr : Et du côté des artistes français ?

Amay Laoni : Oh… beaucoup trop ! Mais je pourrais dire que ce qui a vraiment construit mes influences, il y a Stromae, avec « Racine carrée » : pour moi, c’est un chef-d’œuvre. Il y a aussi « Le fil » de Camille, et « Totem » de Zazie. Et puis évidemment Clara Luciani, Yseult, Zaho de Sagazan, Christine and the Queens… Je pourrais t’en citer pendant des heures. J’ai énormément d’influences françaises, avec aussi une belle touche belge.

J’ai un peu d’influences américaines et un peu québécoises, mais globalement, ce sont surtout la France et la Belgique qui m’ont marquée.

JustMusic.fr : Si tu devais résumer cette aventure en France — l’album, « D’ici », les concerts — en un seul mot… ce serait lequel ?

Amay Laoni : « Intense », dans tous les sens du terme. Parce qu’en fait, on parle la même langue, mais la culture est complètement différente. Et par moments, ça me charme, et par moments, ça me confronte. Il y a des choses qui sont différentes… et c’est normal.

C’est pareil pour les salles : vous avez un public tellement réceptif, tellement à l’écoute, tellement intense… et en même temps très différent des Québécois dans votre manière de réagir. Il y a quelque chose de très fort là-dedans.

Et puis, le fait de vouloir s’exporter aussi, c’est un désir de plus en plus présent. Ça fait trois ans qu’on développe énormément en France, et on n’a pas du tout envie de ralentir. Au contraire : on réfléchit à des moments pour venir encore plus longtemps, pour vraiment installer des choses.

Tout ça, c’est très intense comme aventure… mais c’est beau. Et moi, je carbure à l’intensité, donc c’est parfait pour moi (sourire).

JustMusic.fr : Pour conclure, as-tu un message a adresser au public français qui va te découvrir ?

Amay Laoni : Je pense qu’on est vraiment une histoire à écrire ensemble. Je sens qu’il y a une belle discussion qui est en train de commencer. J’ai beaucoup à apprendre d’eux, et je pense qu’il peut y avoir un très bel échange.

J’ai envie de croire en mes chansons : c’est une pop émancipatrice, et je crois qu’on a besoin de lumière plus que tout… plus que jamais. C’est vraiment ça que j’ai envie d’apporter : beaucoup de lumière et de l’espoir (rires).

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