Figure emblématique de la bossa nova, Marcos Valle était de passage à Paris où il nous a rencontrés pour évoquer son bel album « Salvador do Brasil », qui sera disponible prochainement.
JustMusic.fr : Revenir aujourd’hui sur le répertoire d’Henri Salvador avec « Salvador do Brasil », qui sort le 26 juin, c’est presque dialoguer avec une légende. Qu’est-ce que ça représente pour vous personnellement ?
Marcos Valle : Pour moi, c’est quelque chose de très personnel, parce que j’ai toujours aimé la musique d’Henri Salvador. Je l’ai découverte pour la première fois à 17 ans, et ça a été un vrai déclic.
Quand Emmanuel de Ruckel, le producteur, est venu me proposer de travailler sur ce projet, j’ai immédiatement dit oui, même si j’étais déjà occupé par beaucoup de choses.
Aujourd’hui, à ce stade de ma vie, je veux simplement faire ce que j’aime vraiment. Et j’aime la musique. Alors allons-y.
JustMusic.fr : Quel était votre fil conducteur en travaillant sur ce projet : hommage, transmission, réinvention ?
Marcos Valle : Le plus important pour moi, c’était de trouver les bons titres. J’ai écouté énormément de chansons, même celles que je ne connaissais pas, parce que je voulais vraiment tout explorer pour faire les meilleurs choix.
L’idée était de sélectionner les morceaux les plus justes, ceux qui pouvaient être interprétés avec sincérité. Il fallait aussi trouver les bonnes voix, les bons chanteurs, pour donner une vraie identité au projet.
On avait des influences brésiliennes, des sensibilités différentes, et au final, tout cela forme une sorte de galerie musicale, riche et variée.
JustMusic.fr : Vous avez traversé plusieurs décennies de musique. Qu’est-ce qui vous anime encore aujourd’hui dans un projet comme celui-ci ?
Marcos Valle : Cela fait plus de 65 ans que je chante, et je suis très reconnaissant de pouvoir encore travailler aujourd’hui sur de nouveaux projets. C’est quelque chose qui me motive énormément.
Ce qui m’anime, c’est de continuer à créer, à collaborer avec des compositeurs que j’aime et avec qui je peux vraiment échanger des idées. Pouvoir apporter ma vision et mon expérience, et construire quelque chose ensemble, c’est une vraie chance pour moi.
JustMusic.fr : Sur cet album, les artistes invités viennent d’univers très différents. Comment les avez-vous choisis ?
Marcos Valle : Au Brésil, c’était assez simple, parce que je connais très bien les artistes et nous avons déjà une vraie relation. Je savais avec qui j’avais envie de travailler.
Pour les artistes français, ils m’ont été présentés par Emmanuel et par Universal Music Group. J’ai pris le temps d’écouter leurs propositions, de découvrir leurs univers, et de voir ce qui pouvait fonctionner avec le projet.
L’idée, c’était vraiment de créer des rencontres. Sur certains titres, on a même des chanteurs brésiliens et français réunis, et ça, c’était très important pour moi. J’ai avancé en écoutant les idées, en échangeant, pour trouver les bonnes combinaisons.
JustMusic.fr : Qu’est-ce que vous recherchez en priorité chez un artiste avant de collaborer avec lui ?
Marcos Valle : Ce qui compte avant tout pour moi, c’est la connexion musicale. Chacun a des goûts différents, mais j’ai besoin de sentir qu’on partage une même sensibilité.
J’ai envie de travailler avec des artistes avec qui il y a une vraie affinité, une vision commune de la musique. L’esthétique, le ressenti, l’émotion… tout cela est essentiel dans une collaboration.
Je travaille aussi avec de nouveaux artistes au Brésil. J’aime découvrir de nouveaux talents, apporter quelque chose ensemble et créer des moments uniques en studio, parfois même inattendus.
JustMusic.fr : Y a-t-il une collaboration qui vous a particulièrement surpris en studio ?
Marcos Valle : Il y en a beaucoup, mais je vais t’en citer deux.
D’abord, travailler avec Leon Ware, que j’adore, a été une expérience marquante. Il a collaboré avec Marvin Gaye, et c’était fascinant de voir à quel point il connaissait la musique brésilienne, y compris la mienne. Il y avait un vrai lien entre ces univers, entre la soul, le R’n’B et nos influences brésiliennes.
Plus récemment, j’ai travaillé avec Emicida, un jeune artiste brésilien. C’était une superbe collaboration, très enrichissante, et j’ai vraiment adoré travailler avec lui.
JustMusic.fr : Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre respect des versions originales et votre identité musicale ?
Marcos Valle : C’est une question très importante. J’ai beaucoup écouté les versions originales, bien sûr, pour comprendre leur essence.
Mais ensuite, je voulais aussi apporter quelque chose de personnel : mon groove, ma façon de jouer, parfois changer certaines harmonies… toujours avec beaucoup de respect.
Je fais ce métier depuis longtemps, donc je sais reconnaître quand une chanson est déjà très forte. On peut la toucher, la faire évoluer, mais il ne faut jamais trahir son âme. C’est ça, le plus important.
JustMusic.fr : Le premier extrait « Chanson douce » interprété par Bebel Gilberto donne déjà le ton de « Salvador do Brasil ». Pourquoi ce choix pour lancer l’album ?
Marcos Valle : Ce n’est pas seulement mon choix, c’est une décision que nous avons prise en équipe. On trouvait tous que ce titre donnait parfaitement le ton de l’album et que c’était la meilleure façon d’introduire Salvador do Brasil.
Bebel Gilberto est une artiste fantastique, avec une aura internationale, et sa voix correspondait exactement à ce que je recherchais pour ce morceau. Il y a quelque chose de très doux, presque intime, dans son interprétation, qui m’a tout de suite touché.
Dans la production, j’ai aussi voulu apporter une couleur particulière, avec des sonorités qui rappellent un peu l’orgue, quelque chose de chaleureux et organique.
JustMusic.fr : Même si « Salvador do Brasil » s’inscrit dans une esthétique bossa nova, vous avez toujours navigué entre plusieurs styles, notamment le jazz. Comment ces influences continuent-elles de cohabiter aujourd’hui dans votre musique ?
Marcos Valle : Oui, cet album s’inscrit dans une couleur bossa nova, mais j’ai toujours aimé explorer différents styles.
Dans ma musique, il n’y a jamais qu’une seule influence. Il y a la bossa, bien sûr, mais aussi de la pop, du jazz et des sonorités brésiliennes plus modernes. J’aime créer des liens entre tous ces univers.
C’est cette diversité qui me définit en tant qu’artiste. Et aujourd’hui encore, ces influences continuent de nourrir ma musique et m’inspirent pour la suite.
JustMusic.fr : Vous serez en tournée cet été avec le « Jazz is dead tour ». Qu’est-ce que ce projet représente pour vous sur scène aujourd’hui ?
Marcos Valle : Je vais repartir en tournée dès le 30 avril avec une date au Portugal, puis j’enchaîne 23 concerts à travers l’Europe, avant de rentrer au Brésil. Je serai à Paris, au New Morning le 22 mai.
Ensuite, je rejoins le « Jazz is dead tour ». J’ai enregistré avec ces musiciens que j’adore, et c’est un projet qui me tient beaucoup à cœur. Il y a une énergie particulière, une vraie passion pour la musique et une manière de jouer très vivante.
Nous étions déjà partis en tournée ensemble, donc c’est un vrai plaisir de recommencer. Sur scène, il y a une connexion naturelle, et chaque concert est un moment fort, très musical et très sincère.
JustMusic.fr : Et justement, est-ce qu’une tournée autour de « Salvador do Brasil » est prévue pour prolonger l’album en live ?
Marcos Valle : Oui, c’est la prochaine étape. On est en train d’y réfléchir sérieusement.
Ce n’est pas simple, parce qu’on ne peut pas réunir tous les artistes invités sur scène en même temps. Il faut donc imaginer une autre forme, adapter le projet pour le live, peut-être avec différentes configurations selon les concerts.
On veut garder l’esprit de l’album tout en proposant quelque chose de cohérent sur scène. C’est en cours de réflexion, et on y travaille avec beaucoup d’attention.
JustMusic.fr : Pensez-vous que cet album peut faire découvrir Henri Salvador à une nouvelle génération ?
Marcos Valle : Oui, je le pense. Avec ces nouvelles versions, on peut toucher un public plus large, et notamment les jeunes générations.
La musique d’Henri Salvador a cette force intemporelle : elle peut traverser les époques et continuer à parler à tout le monde.
Je suis sûr qu’avec la sortie de l’album et la promotion, on peut donner envie à de nouveaux auditeurs de découvrir son univers, et susciter un vrai intérêt chez les plus jeunes.
JustMusic.fr : Si Henri Salvador avait pu écouter « Salvador do Brasil », comment imaginez-vous sa réaction ?
Marcos Valle : (Sourire) J’y pense souvent. Je le connaissais très bien, et j’en ai aussi parlé avec sa veuve.
Je pense qu’il aurait compris ma démarche, parce que je savais quel type de personne il était et quelle était sa sensibilité musicale.
Il aurait sans doute entendu que j’ai apporté quelques changements, mais toujours avec beaucoup de respect. Je crois qu’il aurait apprécié cette manière de faire vivre sa musique autrement.
JustMusic.fr : Quel est ton programme durant ces quelques jours à Paris ?
Marcos Valle : Je fais pas mal d’interviews, des rencontres, des séances photo aussi.
Et puis j’en profite pour savourer ce moment à Paris, surtout en plein printemps. C’est une période splendide.
J’ai aussi pris le temps de visiter un peu, notamment Saint-Germain-des-Prés, que j’ai trouvé absolument superbe.
J’en profite pour me détendre, boire un bon verre de vin et passer du bon temps.
La tournée n’a pas encore commencé, donc je suis assez relax. Je récupère un peu du décalage horaire et je me prépare tranquillement pour la suite.
JustMusic.fr : Ecoutes-tu des artistes français ?
Marcos Valle : Oui, bien sûr. J’écoute Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, Jacques Brel, Sacha Distel…
J’aime aussi beaucoup le travail de Francis Lai, notamment pour le cinéma.
Je trouve la chanson française très belle, avec des mélodies riches, de très belles harmonies et beaucoup d’émotion. J’aime vraiment ça.
JustMusic.fr : Après ce projet, avez-vous envie de poursuivre ce type de relectures ou d’explorer d’autres répertoires ?
Marcos Valle : Tu sais, on va voir comment le projet sera accueilli une fois sorti. Mais oui, j’y pense déjà. On a enregistré quinze titres au total, et on a dû en choisir seulement douze pour l’album.
Donc il en reste encore en réserve, et ça donne envie de continuer. Peut-être un volume 2, en prenant le temps de bien travailler chaque morceau.
JustMusic.fr : Pour conclure, pouvez-vous terminer en français ?
Marcos Valle : J’aime beaucoup la langue française. J’ai étudié le français quand j’étais enfant, à l’école, mais je ne l’ai pas assez pratiqué. J’ai besoin de parler avec des gens pour progresser. La grammaire est là, quelque part (sourire), il faut juste que je pratique.
Je te promets que la prochaine fois, pour l’interview du volume 2, ce sera en français (sourire).
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