INTERVIEW : Rencontre avec Florent Marchet

Avec « Mobil home », Florent Marchet signe un disque nourri par la Tunisie, les bouleversements de la vie et l’envie de continuer à se réinventer. À l’occasion de sa sortie, l’artiste se confie sur sa création, sa collaboration avec Xavier De Maere, son rapport à la scène et son goût toujours aussi fort pour l’écriture.

JustMusic.fr : « Mobil home » est ton septième album studio. Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de commencer à l’écrire ? Et aujourd’hui, le jour de sa sortie ?

Florent Marchet : Un jour de sortie, on est toujours très fébrile. Moi, je ne pense pas du tout à la réception du disque quand je le fais, et heureusement d’ailleurs, parce que c’est ce qui me laisse une liberté totale. À un moment donné, lorsqu’on entre dans l’écriture et la composition, c’est une nécessité. On est assez protégé.

J’ai pour habitude de dire, en plaisantant un peu, qu’à partir du moment où il est terminé, c’est le début des emmerdes (rires) ! Parce qu’ensuite, il y a la réception. Mais en même temps, pour qu’il vive, pour qu’on puisse partir sur scène, il faut bien qu’il sorte.

Moi, j’arrête de travailler dessus quand j’en ai marre, quand je ne vois plus comment je pourrais l’améliorer. Bien sûr, il reste toujours perfectible, mais lorsque je ne vois plus les possibilités d’aller plus loin, je me dis que c’est terminé. Et souvent, je suis un peu déçu parce que j’aime beaucoup ce processus qui consiste à entrer très profondément dans la création, sur un temps long.

Lorsque j’ai commencé à envisager ce nouveau projet, je sortais de l’écriture de mon deuxième roman et d’une longue tournée de près de cent dates. J’aime être dans une période où le désir de créer est vraiment très intense.

JustMusic.fr : Et qu’est-ce qui a nourri l’écriture de ce disque ?

Florent Marchet : À ce moment-là, j’étais dans une période de ma vie assez heureuse, assez légère, malgré l’état du monde évidemment. Je partais m’expatrier en Tunisie avec ma famille, alors même qu’on adorait l’endroit où l’on vivait en banlieue parisienne et qu’on aimait notre vie.

Je ne suis pas forcément pour fuir ou partir lorsque tout va mal. En revanche, changer, bifurquer au moment où tout va bien, je trouve ça assez intéressant, parce que cela permet de mieux négocier les virages.

On est donc arrivés dans ce pays qui était assez nouveau pour nous et qui nous a beaucoup apporté. Cela nous a notamment permis de prendre une certaine distance avec un monde occidental extrêmement autocentré. C’était un moment joyeux et je m’étais dit que j’allais faire quelque chose de très solaire.

Et puis, à ce moment-là, j’ai connu une succession de deuils, notamment celui d’un ami très proche. Je l’ai un peu nié dans un premier temps, même si le chagrin était évidemment très présent.

Un jour, alors que j’étais parti faire un footing dans le bois de Sidi Bou Saïd, j’ai eu l’impression de faire une crise cardiaque. On a compris ensuite qu’il s’agissait en réalité d’une véritable crise de panique. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’il fallait que je m’empare de ces chagrins, que je les affronte pour essayer de purger tout ça et commencer à écrire autour de ces émotions.

Je vais avoir 50 ans, et c’est une période où l’on commence forcément à regarder la vie et l’existence un peu différemment. À chaque âge, on porte un regard différent sur les choses. Là, tout d’un coup, j’ai pris conscience que rien ne dure et que le caractère extrêmement éphémère de la vie n’avait jamais été aussi présent en moi.

Mais quelque part, il y a aussi de la lumière là-dedans, parce qu’il y a cette idée de se dire : attention, tout ce qu’on aime est fragile.

JustMusic.fr : Est-ce que ce changement de vie et de décor a modifié ta manière d’écrire et de composer ?

Florent Marchet : En fait, l’endroit où l’on se trouve nous aiguille forcément. Moi, j’ai toujours mieux écrit lorsque je partais loin de chez moi, parce qu’à partir du moment où l’on n’a plus les traces du quotidien, c’est plus facile.

J’écris énormément quand je pars en vacances en famille, par exemple. Ce sont des moments que j’adore pour ça. Mais là, je pense que j’ai été traversé toute l’année par une lumière très différente de celle qu’on a en France, par un bleu très profond qui est présent quasiment constamment. Forcément, ça agit peut-être comme une sorte d’antidépresseur. On fait aussi le plein de vitamine D en permanence !

Et je pense que, malgré les sujets extrêmement graves que j’ai pu aborder sur ce disque, il y a toujours une forme de légèreté, ou en tout cas de lyrisme, qui apporte un peu de cette lumière.

Ce n’est donc pas du tout un monochrome de gris. Et ça, je pense que c’est vraiment lié à l’endroit où je me trouvais.

JustMusic.fr : Pour cet album, tu as travaillé avec Xavier De Maere, le frère de Pierre De Maere. Comment s’est faite votre rencontre et pourquoi l’avoir choisi ?

Florent Marchet : Sur chaque disque, même si je retravaille parfois avec les mêmes personnes, j’aime changer les équipes et le son. On n’est pas la même personne tout au long de sa vie, on ne porte pas forcément les mêmes vêtements à 20 ans et à 50 ans. Moi, je fais un peu pareil avec la musique : j’ai besoin de changer ma garde-robe musicale.

J’ai rencontré plusieurs personnes, notamment de ma génération, mais à chaque fois j’avais l’impression qu’il y avait un risque de refaire un peu ce que j’avais déjà fait auparavant. Et ça ne m’excitait pas vraiment.

Mon éditrice m’a alors dit : « Tu devrais rencontrer Xavier. » Il est venu à Paris, on a pris un café ensemble et, même si on a presque 25 ans d’écart, il y a tout de suite eu une évidence humaine. Je me suis dit : « J’adore ce gars et je suis sûr qu’on pourrait bien travailler ensemble. » J’ai immédiatement senti de bonnes ondes.

Je ne sais plus quel gourou disait qu’on ne devrait jamais travailler avec quelqu’un avec qui on n’aurait pas envie d’aller boire un verre, mais je suis assez d’accord avec ça ! Évidemment, ça ne suffit pas pour que ça fonctionne musicalement, et à ce moment-là on ne le savait pas encore.

Je lui ai proposé de venir à Tunis pour travailler dans une petite pièce que j’avais aménagée en studio d’enregistrement, avec un piano et quelques instruments. Et là, ça a été évident tout de suite. Tout est allé très vite.

Il avait aussi une méthode que je cherchais depuis longtemps : celle de donner immédiatement aux sons une couleur qui soit presque déjà leur couleur définitive. Il filtre énormément, il travaille beaucoup les textures. C’est vraiment un chaman du son.

Il m’a énormément apporté et je pense que je lui ai apporté des choses également. On a travaillé presque essentiellement avec des instruments acoustiques ou électro-acoustiques, donc de manière très organique. C’était quelque chose qu’il pratiquait peut-être moins auparavant, même si, sur le nouvel album de Pierre, ils sont eux aussi allés davantage vers cette direction organique.

JustMusic.fr : D’ailleurs, son deuxième album, « Ave de Maere », est également sorti aujourd’hui…

Florent Marchet : Oui, on les a faits en même temps, et c’était assez drôle parce que Xavier a partagé son année entre l’album de son frère et le mien. Parfois, quand on butait sur un morceau, il me disait : « Pierre l’a écouté, il pense que… » Donc on avait aussi, de temps en temps, les petits conseils de Pierre, que j’adore et que je trouve extrêmement talentueux.

Avec Xavier, on a d’abord beaucoup travaillé à deux. Pour le coup, c’était vraiment comme un groupe. On passait de très longues journées ensemble, parfois jusque tard dans la nuit, à enregistrer, chercher des idées, essayer des choses.

Comme on n’avait pas forcément de batterie sur place au départ, on a inventé plein de percussions en tapant sur un siège ou sur différents objets. On s’est vraiment amusés. Je n’avais presque pas l’impression de faire un disque tellement l’ambiance était joyeuse et détendue.

Mais Xavier est aussi quelqu’un de très exigeant. On commençait très tôt le matin et on terminait très tard le soir. Il a une énergie incroyable ! À son âge, je ne suis pas sûr que j’aurais été capable de suivre ce rythme. Il fallait vraiment être en forme.

Ensuite, on a fait intervenir différents musiciens, un peu comme un casting pour un film : tel musicien à la batterie, tel autre sur un autre instrument… On est notamment allés enregistrer au « Studio Saint-Germain ».

C’était assez amusant parce qu’il avait finalement une démarche assez proche avec son frère : travailler en binôme, tout en allant chercher des musiciens et en enregistrant dans de vrais studios. Et ce fonctionnement à deux, ce n’est jamais évident. Il faut que la rencontre fonctionne. Avec Xavier, ça a été déterminant.

JustMusic.fr : L’album a été conçu entre Tunis, Paris et Bruxelles. Est-ce que ces trois villes ont chacune laissé une trace particulière dans le disque ?

Florent Marchet : Celle qui a laissé le plus de traces, c’est quand même Tunis. La première fois que Xavier est venu travailler là-bas, on était quasiment enfermés. J’habite à La Marsa, en banlieue de Tunis, au bord de la mer, et il n’a même pas vu la mer ! Quand il est reparti, je me suis dit : « C’est quand même dingue, tu n’as pas vu la mer ! » On n’a fait que travailler.

Mais c’était assez amusant parce qu’on était un peu comme des ados qui découvrent du matériel. On sortait plein d’instruments, on essayait énormément de choses et on s’amusait beaucoup.

C’est donc vraiment à Tunis que le disque a commencé à prendre sa couleur. On y a aussi beaucoup pensé les arrangements avant d’aller ensuite enregistrer en studio à Paris.

En définitive, je crois que ce sera vraiment mon album tunisien.

JustMusic.fr : Peux-tu me présenter « Orcival », ton duo avec Morgane Imbeaud ?

Florent Marchet : Morgane et moi, on se connaît depuis longtemps, depuis l’époque de Cocoon, et on avait aussi des amis en commun. On s’est malheureusement retrouvés lors des obsèques de Jean-Louis Murat, à Orcival. C’est quelqu’un que j’appréciais déjà beaucoup, je savais qu’elle avait un talent fou, mais je ne la connaissais pas encore très bien humainement. Depuis, elle est vraiment devenue une amie.

Avant d’enregistrer un disque, j’ai pris l’habitude de jouer les morceaux devant un petit public. C’est la deuxième fois que je fais ça. Je cherche des endroits assez confidentiels, où les gens ne vont pas forcément filmer. J’ai notamment organisé des concerts chez l’habitant.

Lors de l’une de ces soirées près de Clermont-Ferrand, j’ai joué tous les morceaux du disque devant une centaine de personnes. J’ai demandé à Morgane : « J’ai une chanson sur Jean-Louis, est-ce que ça te dirait qu’on la chante ensemble ce soir ? » Tout était permis, c’était vraiment une sorte de laboratoire.

Elle a écouté la chanson, elle lui a beaucoup plu et on l’a interprétée ensemble. Là, ça a été une évidence. Nos deux voix fonctionnaient très bien et je me suis dit qu’il fallait qu’elle soit sur le disque.

Je me méfie toujours un peu des duos avec des chanteuses parce que ma tessiture n’est pas très facile à associer. Je n’ai pas une voix extrêmement grave ni extrêmement aiguë, donc il faut quelqu’un avec une grande étendue vocale pour pouvoir s’adapter. Morgane peut le faire, comme P.R2B avec qui j’avais déjà chanté. Ce sont de grandes chanteuses.

Parfois, j’aimerais chanter avec certaines artistes que j’adore, mais les deux voix ne fonctionnent tout simplement pas ensemble : soit je dois chanter à la cave, soit au grenier ! Avec Morgane, en revanche, tout a été très naturel.

Et puis, j’étais heureux de partager cette chanson avec elle parce qu’elle a aussi une longue histoire avec Jean-Louis Murat, auprès duquel elle a chanté pendant des années. Tout faisait sens.

Je n’avais pas décidé qu’il fallait absolument un duo sur ce disque. Au contraire, je n’en voulais pas forcément. Mais là, ça s’est imposé comme une évidence. C’est notre histoire, et je trouve que c’est bien comme ça.

JustMusic.fr : Tu vas maintenant défendre « Mobil home » sur scène, avec notamment une date à « La Cigale », à Paris, le 16 décembre. Comment as-tu imaginé ce nouveau spectacle ?

Florent Marchet : Je travaille beaucoup en amont. Quand je suis sur un disque, je pense aussi bien aux vêtements qu’à la lumière ou à l’univers visuel. Il y a des vêtements qui, tout d’un coup, me semblent être de la couleur du projet, et d’autres pas du tout. Je ne peux pas vraiment l’expliquer, mais je me construis tout un décor mental autour.

Pour ce spectacle, j’ai envie qu’on ait l’impression d’être dans un extérieur, quelque part entre une sorte de désert légèrement chaotique et un décor plus mystérieux, pas forcément naturaliste. On travaille beaucoup à partir d’images, de sensations et de climats que j’ai pu connaître en Tunisie.

Je travaille avec une scénographe formidable, qui m’accompagne sur toute cette création. On commence aussi les répétitions avec les musiciens. Je retrouve notamment Raphaël Thyss, qui était déjà présent sur la tournée précédente, à la trompette et aux claviers, et Morgane nous rejoint à la batterie.

On pense beaucoup à tout ça, parce qu’être sur scène n’est jamais anodin. Il ne faut trahir ni le disque, ni le public, ni soi-même. Pour moi, le spectacle, c’est un peu comme si le disque prenait soudain une forme en 3D.

Même si je suis toujours un peu effrayé à l’idée de monter sur scène. Ça ne correspond pas forcément à ma nature, même si j’en fais beaucoup depuis des années. J’aime le studio parce qu’on peut recommencer, corriger, refaire. Sur scène, évidemment, on n’a pas ce filet.

Mais on prépare tout ça activement et je suis très heureux, parce qu’il y a pas mal de dates qui arrivent. Et « La Cigale » est déjà quasiment complète.

JustMusic.fr : Te souviens-tu de ton premier concert ?

Florent Marchet : Oui. La première fois que je suis monté sur scène dans un théâtre pour chanter mes propres chansons, j’avais 17 ans. Et je crois que j’ai tout de suite ressenti que ce n’était pas forcément l’endroit où j’étais le plus à l’aise.

Moi, ce que j’aimais vraiment, c’était écrire, composer et être en studio. Sur scène, j’avais énormément de mal à contrôler mon émotion. Ma voix déraillait, c’était horrible. Pendant très longtemps, même après mon premier album, il m’arrivait encore d’avoir la jambe qui tremblait très fort dès les premières chansons.

Pourtant, j’ai énormément joué avant même de sortir mon premier disque : dans des bars, dans le métro, un peu partout. Mais dès qu’il s’agissait de défendre mes propres chansons, j’avais l’impression que la responsabilité devenait immense.

Ça a donc été un vrai cheminement pour moi. Aujourd’hui, j’aime beaucoup la scène, mais je me prépare énormément. Je déteste l’improvisation et je n’aime pas monter sans filet. Même lorsqu’on m’invite pour un duo, ça peut me mettre dans un état pas possible !

Récemment, j’ai chanté avec Emily Loizeau aux « Francofolies » et, longtemps à l’avance, je travaillais déjà pour que tout soit impeccable. Elle voyait bien à quel point ça me préoccupait !

Les premières scènes ont vraiment été laborieuses, au point que je me suis parfois demandé s’il fallait continuer. Je me disais qu’on ne pouvait pas avoir un trac pareil.

Et puis, une fois qu’on est sorti de scène et que tout s’est bien passé, il y a une satisfaction incroyable. On est presque transfiguré. C’est un shoot de vie assez fou.

Mais malgré les années, avant de monter sur scène pour défendre un nouveau disque, je peux encore être malade de trac. Et parfois, je me dis que c’est absurde de se mettre dans des états pareils ! J’essaie vraiment de travailler là-dessus, mais ça reste compliqué.

JustMusic.fr : On a évoqué Pierre De Maere. Est-ce qu’il y a d’autres artistes de la nouvelle génération que tu affectionnes ?

Florent Marchet : Il y en a plein. Il y a Pléthore, par exemple, mais aussi Camille Yembe, que je trouve incroyable. J’aime particulièrement Oscar les vacances, qui a un talent très protéiforme et assez réjouissant.

Il y a aussi toute cette nouvelle scène, de Yoa à TeddyBear, avec énormément d’artistes que je trouve incroyables. Je trouve qu’on a une chance inouïe d’avoir cette nouvelle vague qui arrive et qui est très forte.

Chacun cultive une vraie singularité, très loin du formatage, et ça fait plaisir. J’espère que ça fera un peu taire ceux qui pensent que c’était mieux avant !

JustMusic.fr : Tu as également publié deux romans, « Le Monde du vivant » et « L’admiration ». Qu’est-ce que le fait de devenir romancier a changé dans ta manière d’écrire des chansons ? Et as-tu déjà commencé à réfléchir à un troisième livre ?

Florent Marchet : Oui, il y en a un troisième en cours. En réalité, j’ai toujours eu envie d’être romancier. J’écrivais déjà des nouvelles que je ne publiais pas, mais dont je glissais parfois des extraits dans mes disques. Dès mon deuxième album, il y avait cette idée de chapitres, presque comme dans un roman.

Pendant longtemps, je me suis pourtant dit que ce n’était peut-être pas pour moi, que l’écriture romanesque était réservée à des gens beaucoup plus intellectuels. C’était surtout une question d’autorisation personnelle. J’étais très impressionné par les écrivains, notamment parce que je lis énormément.

Pour moi, les livres ont toujours été une forme de refuge. Il y a des moments où je trouve qu’il n’y a rien de plus fort qu’un livre, parfois même plus que la musique, un film ou un tableau. Quand je suis plongé dans un roman, j’ai presque l’impression que plus rien ne peut m’arriver. Ça me console de beaucoup de choses.

J’avais donc besoin, à un moment donné, de raconter une histoire sur un temps beaucoup plus long. C’est venu assez naturellement avec le premier roman et, aujourd’hui, je crois que je ne pourrais plus m’arrêter. Écrire des livres me fait autant de bien qu’écrire des chansons.

Mais ce sont deux efforts très différents. Pour moi, écrire une chanson est presque plus difficile. Je suis très laborieux : je peux passer une journée entière pour finir avec trois phrases, et encore, sans être certain qu’elles soient bonnes !

Je compare souvent ça à la différence entre un marathonien et un sprinteur. Sur 100 mètres, on travaille pendant des mois pour gagner une fraction de seconde. Avec une chanson, c’est un peu pareil : on tourne autour de quelque chose, on sent qu’on n’est pas loin, mais il manque parfois simplement quatre mots.

Quand je termine une chanson, je suis vraiment heureux, ça se voit immédiatement sur mon visage. Mais à chaque fois, j’ai aussi l’impression que je ne saurai plus jamais en écrire une autre.

Le roman, lui, s’installe davantage dans le temps. Quand j’en écris un pendant plus d’un an, il devient presque un compagnon. J’y pense tous les jours, et c’est déjà le cas avec le prochain.

C’est aussi un travail beaucoup plus solitaire. La musique se partage davantage : on la joue, on la chante, on l’incarne avec le corps. Le roman, c’est une autre relation à l’écriture.

JustMusic.fr : Peux-tu m’en dire un peu plus sur ce troisième livre ?

Florent Marchet : Pas vraiment pour l’instant, parce que c’est encore assez frais. Mais je peux déjà dire qu’il sera question du Maghreb.

Ce sera donc un ailleurs, avec un changement complet de décor et aussi de milieu. Mes deux premiers romans étaient davantage ancrés dans le Berry, puis en région parisienne et à Paris. Là, ce sera complètement différent.

Ce que je trouve toujours passionnant dans l’écriture, c’est de se découvrir soi-même. Je ne sais jamais vraiment ce que je vais écrire et je suis souvent le premier surpris par ce que deviennent mes personnages.

C’est un peu la même chose avec une chanson : entre le fantasme que l’on a de l’œuvre terminée et le résultat final, il y a souvent un grand écart. Et tant mieux ! Ça me déprimerait de savoir exactement à quoi va ressembler une chanson ou un livre avant même de l’avoir terminé.

J’aime justement cette différence, cette distorsion entre ce qu’on avait imaginé au départ et ce qui finit par exister.

JustMusic.fr : Et pour conclure, qu’est-ce que tu pourrais dire au public pour lui donner envie d’écouter ton nouvel album ?

Florent Marchet : Peut-être que, si les gens ont entre 30 et 60 ou 70 ans, certaines choses feront écho à leur propre vie. Et j’espère aussi que ce disque pourra leur tenir chaud, parce que je crois que c’est aussi ce qu’on vient chercher dans les chansons, même lorsqu’elles abordent des sujets plus sombres.

J’essaie de rendre compte du monde tel que je le vois, tel qu’il m’entoure, mais ce ne sont pas pour autant des chansons plombantes. Il y a toujours quelque chose d’alerte, de vivant, parfois même une forme de lyrisme.

Ce n’est pas un disque fait pour échapper au réel ou tirer un rideau opaque sur le monde. Au contraire, je regarde le monde droit dans les yeux.

J’essaie aussi de raconter des histoires de gens que l’on pourrait considérer comme étant à la marge, alors qu’en définitive, je pense que cette marge représente une grande partie d’entre nous.

Ce disque parle aussi de ce que signifie avancer en âge, de notre rapport à l’existence et de toutes ces choses auxquelles on donne parfois énormément d’importance alors qu’elles sont finalement assez futiles. Il y a, au fond, très peu de choses véritablement graves dans une vie.

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