À l’occasion de la sortie de son nouveau single « Je suis moi », Silda revient sur son parcours, ses rencontres marquantes, son univers musical et son engagement en faveur de l’inclusivité. Une artiste sensible et spontanée, qui place la sincérité et le partage au cœur de sa musique.
JustMusic.fr : Tu as été révélée au grand public avec « The Voice », puis on t’a retrouvée dans « La France a un incroyable talent ». Qu’est-ce que ces deux expériences t’ont apporté, et les as-tu vécues différemment ?
Silda : Je les ai vécues très différemment, et elles m’ont apporté des choses différentes à chaque fois.
« The Voice », c’était en 2023, à un moment où je ne savais pas trop où j’en étais dans ma carrière. On sortait du Covid et, en fait, ce sont eux qui m’ont appelée. Je n’avais pas forcément prévu de faire de la télévision, mais je me suis dit que je n’avais rien à perdre et que j’allais pouvoir me présenter devant des professionnels.
J’ai passé plusieurs castings avant d’arriver à la télévision. Mais, pour être honnête, je n’étais pas vraiment fière de moi parce que je me suis laissée envahir par le stress. C’était ma première télé et c’est un univers assez particulier. Il y a aussi cette dimension de compétition dans laquelle je ne me reconnaissais pas forcément. Je pense que je n’ai pas suffisamment profité de l’instant présent, et j’en ai été déçue.
Avec le recul, je crois simplement que je n’étais pas prête. Mais cette expérience m’a tout de même apporté de très belles rencontres. J’ai notamment chanté avec Vianney, j’ai gagné en visibilité et un nouveau public m’a découverte.
Deux ans plus tard, il y a eu « La France a un incroyable talent ». Entre-temps, j’avais rencontré Antoine (son manager), qui m’a beaucoup poussée à retenter une émission. J’avais un peu peur d’être de nouveau déçue, mais il a réussi à me convaincre, et je ne regrette absolument pas.
Cette fois, j’étais prête et, surtout, je venais défendre mes propres chansons. Dans « The Voice », on interprète essentiellement des reprises, alors que là, pour moi, ça changeait énormément de choses.
Je venais aussi avec un objectif très précis : faire une surprise à Marianne James. Elle m’avait offert deux premières parties à « La Cigale » et, pour moi qui viens de province, c’était assez incroyable. J’ai donc voulu la remercier en lui écrivant une chanson qui retraçait sa vie.
Mon objectif n’était pas de me dire : « Je vais aller en finale » ou « Je vais gagner ». Je voulais simplement réussir cette surprise. Je savais pourquoi j’étais là, j’étais beaucoup plus ancrée.
Et ça a fonctionné : Marianne a beaucoup pleuré, tout le monde a beaucoup pleuré ! C’était un moment très fort en émotion que je garderai toute ma vie.
JustMusic.fr : Julien Doré t’a découverte grâce à une reprise de « Nous » publiée sur les réseaux sociaux, avant de te proposer un duo. Est-ce que tu considères cette rencontre comme un véritable tournant dans ton parcours ?
Silda : Oui, clairement, parce que je ne m’y attendais pas du tout. C’est là qu’on voit à quel point les réseaux sociaux peuvent avoir une vraie force et un impact énorme.
À l’époque, on était en plein Covid et je travaillais à l’usine parce que je n’avais pas envie de rester sans rien faire. Je voulais économiser de l’argent pour pouvoir financer mes projets et sortir mes chansons.
C’est aussi à ce moment-là que j’ai découvert le kalimba sur Internet. J’en ai commandé un et j’ai trouvé cet instrument passionnant. Comme je faisais déjà des petites reprises à la guitare ou au piano, je me suis dit que j’allais essayer avec le kalimba.
La chanson « Nous » de Julien Doré passait beaucoup à la radio à ce moment-là, donc j’ai naturellement choisi de la reprendre. Les gens ont beaucoup aimé, Julien est tombé dessus et il m’a écrit pour me proposer de faire un duo avec lui sur son album. Quand on y pense, c’est assez fou !
Cette rencontre m’a apporté beaucoup de visibilité, de nouveaux abonnés, mais aussi mes premières expériences en première partie puisqu’il m’a invitée sur plusieurs dates.
Et surtout, ça m’a redonné confiance en moi. Après « The Voice », que j’avais assez mal vécu et que je considérais un peu comme un échec, voir Julien Doré arriver et me dire qu’il aimait ce que je faisais, ça m’a énormément aidée.
Ça m’a donné envie de ne pas arrêter, de continuer à avancer et à croire encore davantage en mon projet.
JustMusic.fr : Exceptés Marianne James et Julien Doré, est-ce que d’autres artistes t’ont donné des coups de main ?
Silda : Oui, j’ai eu la chance de faire beaucoup d’autres premières parties assez incroyables : Matthieu Chedid, Christophe Maé, Mika, Slimane… Je vais forcément en oublier !
Il y a aussi eu Alain Chamfort, il y a quelques mois, et c’était assez fou parce que c’est un artiste que j’écoutais quand j’étais toute petite. J’ai aussi découvert la musique à travers lui, donc forcément, ça m’a beaucoup touchée.
J’ai également eu l’occasion de chanter avec Stephan Eicher et Vianney, entre autres.
À chaque fois, ce sont des rencontres très enrichissantes. Elles me reboostent énormément et me donnent encore plus envie de continuer.
JustMusic.fr : Tu as d’ailleurs repris « Déjeuner en paix » de Stephan Eicher. C’était avant ou après votre rencontre ?
Silda : Avant, justement, et l’histoire est assez dingue. J’ai mis « Déjeuner en paix » sur mon EP en 2024, mais je n’arrivais pas à obtenir de retour de Stephan Eicher ni de Philippe Djian, qui a écrit le texte.
J’étais un peu embêtée parce que l’EP allait être commercialisé et qu’il me fallait l’accord des auteurs et compositeurs. Comme je n’arrivais à joindre personne, j’ai quand même envoyé le disque au pressage.
Et puis, un jour, j’étais sur le quai de la gare à Châlons-en-Champagne, ma ville, quand Antoine, mon manager, me dit : « Il y a Stephan Eicher. » Je lui réponds : « Mais non, ce n’est pas possible, pas ici ! » Et pourtant, c’était bien lui.
Je suis donc allée le voir et je lui ai expliqué la situation. Je lui ai dit en plaisantant : « L’EP est déjà en cours de pressage, vous êtes obligés de dire oui ! » Il m’a répondu qu’il n’y avait aucun problème et il avait l’air très content.
On prenait le même train pour Paris. Il a écouté ma reprise pendant le trajet, puis il m’a envoyé un petit message pour me dire qu’il aimait beaucoup ce que je faisais.
Quelques mois plus tard, j’ai fait sa première partie à Colmar et c’est là qu’il m’a invitée à chanter avec lui sur scène. Je pense que certaines choses arrivent vraiment pour une raison (sourire).
JustMusic.fr : Le kalimba est devenu un instrument très associé à ton univers. Pourquoi l’avoir choisi ?
Silda : C’est vrai qu’il m’accompagne partout, il fait vraiment partie de mon identité. J’aime bien dire que c’est mon porte-bonheur parce qu’il a été avec moi sur toutes mes télés, avec Julien Doré aussi… Et c’est surtout grâce à cet instrument que j’ai commencé à avoir davantage de lumière.
Je l’ai découvert un peu par hasard pendant le confinement. Je regardais beaucoup de vidéos de musiciens, je ne connaissais pas du tout cet instrument et il m’a intriguée. J’en ai commandé un, puis j’ai vraiment créé un lien avec lui.
Je l’adore parce qu’il est très intimiste, très doux, et aussi très pratique : on peut l’emmener partout, il est tout petit.
C’est un instrument africain, très brut, très authentique, et je crois que c’est aussi pour ça qu’on s’est bien trouvés. Il y a quelque chose en lui qui me ressemble.
JustMusic.fr : On se voit pour ton nouveau single « Je suis moi », qui aborde l’inclusivité et la neuroatypie. Pourquoi avais-tu envie de porter ce sujet aujourd’hui ?
Silda : C’est une chanson composée par Marso, qui sort aujourd’hui et qui s’appelle « Je suis moi ». Je la partage avec le collectif Artypique, une association qui accompagne des personnes neuroatypiques, notamment autistes, mais aussi des personnes avec un TDAH, une dyslexie, un haut potentiel ou encore une hypersensibilité.
Leur objectif, c’est vraiment d’aider toutes ces personnes à trouver leur place dans la société, alors qu’elles peuvent parfois être mises de côté, mal comprises ou regardées différemment.
Je les ai rencontrés et ils m’ont proposé de devenir marraine de leur projet. C’est là que j’ai fait la connaissance d’Apolline et Diego, deux jeunes chanteurs autistes.
En échangeant avec eux, je me suis beaucoup nourrie de leur expérience et je me suis rendu compte que certaines choses résonnaient énormément chez moi. Je me suis ensuite beaucoup documentée : j’ai regardé des films, des interviews, des témoignages de personnes autistes qui expliquaient leur quotidien.
Et plus j’avançais, plus je me disais : « Mais il y a énormément de choses dans lesquelles je me reconnais. » Je sais déjà que je suis hypersensible, et aujourd’hui j’ai envie d’aller plus loin et de faire une démarche de diagnostic.
Je ne peux pas dire aujourd’hui que je suis autiste ou que j’ai un TDAH, parce que je n’ai pas de diagnostic. Mais il y a beaucoup de choses qui me parlent : la difficulté à gérer les imprévus, les lumières, le bruit, les odeurs, la foule… Je peux très vite me sentir oppressée.
Et tout ce que je raconte dans la chanson, c’est vraiment ce que je ressens. Il y a parfois cette impression d’être un peu à côté, de ne pas fonctionner tout à fait comme les autres.
JustMusic.fr : Pour un sujet aussi sensible que la neuroatypie, comment trouve-t-on le bon équilibre entre un message engagé et une chanson qui reste avant tout émotionnelle et musicale ?
Silda : Je pense que la clé, c’est d’être sincère. Il ne faut pas essayer d’en faire trop, mais simplement raconter la vérité et aussi savoir s’inspirer de l’expérience des autres.
Pour moi, c’est vraiment une question de sincérité, parce que si tu ne l’es pas, le public finit forcément par le ressentir et tu n’es plus vraiment alignée avec le message que tu voulais porter au départ.
Je crois donc que cette chanson est un mélange de tout ça : de ce que j’ai découvert auprès des autres, mais aussi de ma propre sensibilité et de mes émotions.
JustMusic.fr : La live session a été captée aux studios « Abbey Road Institute Paris ». Comment as-tu vécu le fait d’enregistrer dans un lieu aussi mythique ?
Silda : C’était complètement dingue ! C’était la première fois que je mettais les pieds dans les studios « Omega », où est installé « Abbey Road Institute Paris », et où des artistes comme Céline Dion ont notamment enregistré.
C’était une expérience incroyable. Le studio est magnifique et on a pu enregistrer dans des conditions extrêmement professionnelles. Je ne sais même pas si j’aurai à nouveau l’occasion, dans ma vie, d’avoir accès à un endroit pareil.
Mais ce que je retiens aussi, c’est vraiment le moment de partage entre nous. Il y avait Diego, Apolline, ma violoniste Cosima, qui est elle aussi hypersensible, mon pianiste Fred et moi. On découvrait tous cet endroit ensemble.
C’est un lieu chargé d’histoire et d’énergie, où énormément de grands artistes sont passés, donc forcément, ça fait quelque chose.
La live session est très acoustique et le clip sortira dans quelques jours.
JustMusic.fr : Comme on l’a évoqué, tu as côtoyé de nombreux artistes confirmés. Qu’as-tu appris à leurs côtés ?
Silda : Chaque rencontre est vraiment différente. Parfois, on a le temps d’échanger longuement avec l’artiste, et parfois c’est beaucoup plus rapide parce qu’il est très occupé.
Avec Amir, par exemple, j’ai eu la chance de chanter, mais aussi de beaucoup discuter avec lui. On a fait quelques vidéos ensemble et on a parlé de plein de choses, pas seulement de musique. J’ai été très touchée par son humilité et par ses valeurs. C’est quelqu’un que je trouve profondément humain.
Avec Stephan Eicher, j’ai surtout compris que, malgré les différences de génération, la musique pouvait vraiment rassembler. C’est justement en mélangeant les univers, les parcours et les sensibilités qu’on peut créer de très belles choses. J’ai beaucoup aimé son ouverture d’esprit.
Alain Chamfort m’a également beaucoup impressionnée. On a un peu échangé et je l’ai trouvé extrêmement doux et bienveillant. Il dégage quelque chose de très apaisant.
Au fond, chaque rencontre m’apporte quelque chose de différent, et c’est aussi ce qui rend toutes ces expériences aussi enrichissantes.
JustMusic.fr : Tu as encore plusieurs dates prévues dans les prochains mois. C’est comment, Silda sur scène ?
Silda : Je dirais que c’est beaucoup d’émotion et de sincérité. J’aime me dire que les gens arrivent avec leur propre histoire et qu’ils repartent en se sentant un peu moins seuls, un peu plus compris, apaisés ou allégés.
C’est très acoustique, très brut, avec des moments suspendus, mais il y a aussi de l’énergie. Et j’accorde énormément d’importance à la proximité avec le public. J’adore descendre dans la salle, aller voir les gens, créer un vrai contact avec eux.
Sur mes dernières dates, j’ai aussi installé un canapé sur scène pour accueillir quatre personnes tirées au sort sur les réseaux sociaux, en situation de handicap visible ou invisible, ou neuroatypiques. L’idée, c’était de leur permettre de vivre le concert au plus près.
Souvent, certaines personnes sont placées très loin sur des plateformes PMR, ou renoncent même à venir parce que les conditions ne sont pas adaptées. J’ai notamment accueilli une femme atteinte de sclérose en plaques qui ne pouvait pas rester debout, et une autre qui était malentendante. Elle m’a dit qu’à plus de 40 ans, c’était la première fois de sa vie qu’elle comprenait vraiment ce que c’était que d’assister à un concert. Là, je me suis dit que je n’avais pas fait ça pour rien.
Il y avait aussi des personnes autistes. J’essaie vraiment de faire en sorte qu’un maximum de gens puissent vivre cette expérience.
Pour moi, écrire une chanson sur l’inclusivité, c’est bien, mais il faut aussi essayer de la mettre en pratique. Il y a encore beaucoup de tabous et de réflexes à déconstruire autour du handicap et de la différence.
J’ai envie de rappeler qu’on a tous nos histoires, qu’il y a énormément de choses qui ne se voient pas, et qu’il est important d’aller au-delà de l’apparence, de s’écouter et d’être là les uns pour les autres.
JustMusic.fr : Après « Je suis moi », que nous prépares-tu pour la suite ?
Silda : Il y a une nouvelle chanson qui sortira dans quelques semaines, probablement d’ici trois semaines à un mois. C’est un titre que certains ont déjà pu m’entendre chanter à la télévision, mais que je n’avais encore jamais sorti. On me le demande tellement que j’ai fini par le préparer !
Je vais d’ailleurs faire une petite apparition sur M6 dans quelques semaines, qui devrait coïncider avec cette sortie (sourire).
Il y a aussi plusieurs concerts qui se préparent. L’année prochaine, en mars, je ferai notamment la première partie de Léman à Lille. J’ai très hâte parce que je n’ai encore jamais chanté là-bas et je reçois déjà beaucoup de soutien de la part du public lillois.
Et normalement, je devrais aussi avoir la chance de faire une première partie à l’Olympia en mai pour une chanteuse libanaise très connue dans son pays. Si tout se confirme, ce sera complètement dingue.
Et puis il y a encore plein d’autres choses en préparation… J’ai vraiment hâte de pouvoir les dévoiler.
JustMusic.fr : Qu’écoutes-tu en ce moment ?
Silda : Il y a TeddyBear, qui est en train de vraiment émerger, et j’aime beaucoup ce qu’il fait. Je trouve qu’il apporte quelque chose de très authentique, et ça fait du bien.
J’écoute aussi Vianney. Son nouveau titre « D’or et d’étain », je le saigne ! J’adore ce morceau, notamment parce qu’il est revenu à quelque chose de très brut, avec des sonorités un peu vintage. C’est très authentique et, forcément, ça me parle beaucoup.
En ce moment, « La Lune » de Christophe Maé tourne également chez moi. Je trouve cette chanson magnifique.
Au fond, la variété française reste ce qui me touche le plus, parce que c’est vraiment ce qui m’a bercée. J’essaie d’aller vers d’autres choses, mais je reviens quand même souvent à cet univers.
JustMusic.fr : Pour conclure, qu’est-ce que tu pourrais dire au public pour lui donner envie de te découvrir s’il ne te connaît pas encore ?
Silda : Je dirais que, si certaines personnes se sentent un peu à part, pas toujours à leur place ou parfois incomprises, et qu’elles ont besoin de douceur, elles sont les bienvenues dans mon univers.
À travers ma musique, j’essaie d’apporter un peu de lumière, de positivité et surtout beaucoup de sincérité. Je trouve qu’on en a besoin aujourd’hui, dans une société où l’apparence prend parfois énormément de place.
Moi, j’ai plutôt envie d’aller à l’encontre de tout ça et de revenir à quelque chose de simple et d’authentique. C’est aussi ce que représente le kalimba pour moi : le bois, un son brut, quelque chose de très naturel.
Et puis il y a surtout la proximité, l’écoute et le partage. C’est vraiment pour ça que je fais de la musique. Sans cette envie de partager avec les autres, je n’en ferais probablement pas.
Alors, qu’ils soient les bienvenus (sourire) !





