INTERVIEW : Rencontre avec Louis Montémont

Avec son premier EP, « Ekleipsis », Louis Montémont affirme un univers personnel et une identité artistique qu’il construit depuis plusieurs années. Il revient sur la création de ce projet, la scène et ses envies pour la suite.

JustMusic.fr : Tu as été révélé à la « Star Academy » en 2023, mais que faisais-tu avant ?

Louis Montémont : J’étais étudiant en graphisme, plus précisément en direction artistique et design graphique. À cette époque, la musique était davantage un loisir pour moi. J’étudiais du côté de Nancy et j’ai également beaucoup voyagé. J’ai notamment fait une partie de mes études à Amsterdam.

De retour en France, j’ai passé trois mois à Paris, où je travaillais. Je m’ennuyais un peu et, un jour, alors que je voulais regarder un film sur MYTF1, j’ai vu que les castings de la « Star Academy » étaient encore ouverts. J’ai donc postulé. On était au mois de juin, juste avant le début de ma promo.

Très vite, on m’a contacté pour me proposer de passer les derniers castings. J’ai fait une première audition et on m’a dit : « On a plutôt apprécié, est-ce que tu peux revenir pour une deuxième audition ? » En réalité, il s’agissait directement de l’audition finale ! À l’issue de celle-ci, on m’a annoncé que j’allais intégrer le château.

Mon été a donc été assez particulier puisque je devais à la fois préparer mon entrée à la « Star Academy » et ma soutenance pour obtenir mon diplôme. Finalement, trois jours avant de commencer les répétitions pour l’émission, j’ai passé ma soutenance et obtenu mon master. J’ai donc décroché mon diplôme juste avant de commencer l’aventure !

JustMusic.fr : Tu n’as pas remporté la « Star Academy » et pourtant, depuis, tu as construit ton projet et sorti tes propres titres. Quel conseil donnerais-tu aux futurs candidats pour leur montrer que l’aventure peut continuer, même sans aller jusqu’à la victoire ?

Louis Montémont : En fait, le concept même de la « Star Academy », c’est d’être un tremplin. Il ne faut pas voir uniquement la victoire, mais plutôt l’opportunité de développer une carrière et une identité musicale, ce qui est déjà quelque chose de très compliqué.

Le conseil que je donnerais, c’est justement de ne pas chercher à tout prix à gagner le programme, mais plutôt de se demander : « Quel artiste ai-je envie de devenir ? Quelle identité et quelle couleur ai-je envie de partager avec mon public ? »

Je pense que si on construit les choses dans cette direction, même si on ne gagne pas ou si on sort en premier, comme ça a pu être mon cas, on peut quand même développer quelque chose d’intéressant derrière.

JustMusic.fr : Que penses-tu du choix de Mosimann comme nouveau directeur ?

Louis Montémont : C’est marrant parce que j’ai regardé toutes les saisons de la « Star Academy » et j’étais fan de Mosimann quand j’étais plus jeune. C’est assez rigolo de voir qu’un ancien académicien peut aujourd’hui se retrouver directeur de l’école. Alors peut-être que ce sera moi dans quinze ans, je ne sais pas (rires) !

En tout cas, je trouve ça vraiment cool de choisir quelqu’un qui fait partie de l’ADN du programme et qui sait exactement par quoi passent les candidats. En plus, lui, il a gagné, donc il est légitime pour leur donner des conseils.

Ça n’enlève évidemment rien à la qualité de Michael Goldman, mais je trouve que c’est un joli clin d’œil de voir quelqu’un qui est passé par ce programme revenir pour conseiller les générations futures.

JustMusic.fr : Peux-tu me citer des artistes qui t’inspirent ?

Louis Montémont : Il y en a énormément, même si je ne me rappelle pas toujours de tous les noms ! J’aime notamment The Band Camino et leurs sonorités. Sur le trajet, par exemple, je me suis remis à Cody Simpson, que je n’avais pas écouté depuis longtemps, et j’aime beaucoup ses derniers morceaux.

Il y a aussi Dominic Fike et Ruel. Ce qui me plaît chez ces artistes, c’est ce côté un peu acidulé de la pop nord-américaine. C’est une direction vers laquelle j’ai envie d’aller avec mon projet, donc je m’en inspire.

Pour me détendre, je vais davantage vers Jérémy Frérot. J’aime sa plume, la direction qu’il donne à ses chansons et leur côté léger et fédérateur. Côté français, il y a aussi Marguerite, Marine, Pierre de Maere ou encore Angèle, dont j’ai beaucoup aimé les dernières propositions.

Finalement, je fais une vraie distinction entre les artistes que j’apprécie simplement pour le plaisir et ceux qui nourrissent davantage mon travail et mon univers musical.

JustMusic.fr : Ton premier EP s’intitule « Ekleipsis ». Que signifie ce mot, pourquoi avoir choisi le grec et en quoi ce titre représente-t-il les cinq morceaux du projet ?

Louis Montémont : C’est assez marrant parce qu’à la base, le projet a eu beaucoup de noms. Il faut savoir qu’on travaille dessus depuis trois ans et que certaines chansons étaient déjà dans les cartons à ma sortie de la « Star Academy ». Il fallait simplement attendre d’avoir le reste pour pouvoir lancer le projet.

Au début, l’EP devait s’appeler « Après la nuit », puis « Éclipse ». Mais M. Pokora est passé par là en sortant un single qui s’appelle « Éclipse » ! Je me suis dit : « Non, on ne va pas l’appeler comme ça, sinon on va dire que je suis un copieur ! » (Rires) J’ai donc choisi « Ekleipsis », qui est à l’origine du mot « éclipse » en grec.

L’idée derrière ce titre, c’est qu’avec la « Star Academy », on voit immédiatement la lumière et on est tout de suite jeté dans le grand bain. Finalement, on construit une carrière à l’envers. Généralement, les artistes commencent dans l’ombre avant qu’un tremplin, une radio, une scène ou un passage à la télévision ne les révèle. Pour nous, c’est l’inverse.

Avec cet EP, je voulais justement montrer ce qu’il se passe après, lorsqu’on s’éloigne des studios, des paillettes et des projecteurs. Cette forme de disparition, voire d’abandon. « Ekleipsis » symbolisait parfaitement cette idée.

J’aime aussi beaucoup écrire, m’intéresser à la racine des mots et à l’étymologie. Je trouvais donc ce choix plus riche que de simplement appeler le projet « Éclipse ». Et on a eu la chance de le sortir au moment de l’éclipse cet été, donc c’était un double clin d’œil !

JustMusic.fr : Peux-tu me présenter les différents titres : « Pas la peine », « Semblant », « T’aimer comme il faut », « Personne » et « Âme seule » ?

Louis Montémont : Il y a une petite anecdote dont je n’ai pas beaucoup parlé : on s’est trompés dans l’ordre des morceaux ! Normalement, l’ordre devait être « Pas la peine », « Semblant », « Âme seule », « Personne » et « T’aimer comme il faut », parce que l’ensemble raconte une histoire.

Au départ, avec « Ekleipsis », je voulais raconter une forme de deuil. Quand je suis sorti de la « Star Academy », beaucoup de gens m’ont dit : « On aurait aimé voir davantage ton évolution dans le programme. » Mais justement, je leur répondais : « Suivez-la maintenant, parce que tout commence une fois qu’on est sorti ! »

« Pas la peine » représente ce côté très revanchard, spontané et impétueux. C’est une chanson pleine de rage, où je tape un peu du poing sur la table. Avec « Semblant », on passe à quelque chose de plus posé et contemplatif, davantage dans la réflexion. Puis vient « Âme seule » : une fois qu’on a fait le bilan et l’état des lieux de tout ce qui s’est passé, qu’est-ce qu’il en reste ?

« Personne » va encore plus loin. J’ai fait le bilan, je sais désormais dans quelle direction je veux aller. C’est une prise de conscience : on regarde les échecs, ce qui a fonctionné ou non et, surtout, ce qu’on ne veut plus reproduire pour pouvoir avancer.

Enfin, « T’aimer comme il faut », c’est un peu le morceau doudou. On se dit : « J’ai fait des erreurs, j’ai compris et maintenant je sais où je vais. » C’est un nouveau départ. Je voulais qu’en commençant l’EP, on se dise : « Waouh, il s’en est pris plein la tronche, mais on ne sait pas encore pourquoi ! » (Rires) Puis, au fil des morceaux, on comprend ce qui s’est passé jusqu’à arriver à une fin qui est aussi le début d’une nouvelle histoire.

C’est justement ce qui mène vers les prochains titres. J’aime construire des chansons qui peuvent vivre individuellement, mais qui, mises ensemble, racontent une histoire beaucoup plus grande.

JustMusic.fr : Est-ce que ça a été difficile de te livrer dans tes chansons ?

Louis Montémont : Pas forcément de me livrer, mais le projet a pris beaucoup de temps. On a travaillé avec plusieurs équipes avant de trouver ma couleur et mon identité musicale. Je ne pensais pas que ce serait aussi compliqué !

J’ai découvert que je savais écrire et composer, mais l’arrangement, c’est encore autre chose. Abi Bernadoth, avec qui j’avais travaillé sur « Plus rien à t’offrir », mon premier single, m’avait expliqué qu’à partir d’une même composition, on pouvait aller dans toutes les directions possibles. Tu peux faire une session aujourd’hui, revenir demain et obtenir quelque chose de complètement différent. Il faut donc trouver la bonne personne pour les arrangements, celle qui va comprendre la direction que tu recherches. C’est ce qui nous a pris le plus de temps, car je ne savais pas encore exactement quelle couleur donner à mes morceaux. Aujourd’hui, je ne regrette pas d’avoir avancé à ce rythme parce qu’on a trouvé la bonne formule.

Au début, j’ai aussi connu une forme de syndrome de l’imposteur. Je me demandais quelle était ma légitimité sur la scène musicale, pourquoi les gens devraient m’écouter plutôt qu’un autre et ce que j’avais réellement à offrir. C’est d’ailleurs assez paradoxal quand on sait que mon premier single s’appelle « Plus rien à t’offrir » (rires)!

En revanche, l’écriture et la composition n’ont jamais vraiment été un problème. Au contraire, il a parfois fallu me freiner tellement j’avais de choses à raconter ! Certaines chansons étaient très bien mais n’ont pas trouvé leur place sur ce projet. On les gardera peut-être pour la suite, ou elles ne sortiront jamais. J’ai des notes et des carnets avec une centaine de morceaux. Pour moi, écrire est un excellent exercice pour poser ce que j’ai sur le cœur et dans la tête. Le véritable challenge a donc surtout été de trouver ma couleur musicale.

JustMusic.fr : Tu es auteur-compositeur-interprète, mais également acteur et diplômé en design artistique. Est-ce que cette sensibilité à l’image influence ta manière d’imaginer tes chansons, tes clips ou tes concerts ?

Louis Montémont : Totalement ! Je pense même que ça a été un véritable déclic. Au début, je ne savais pas du tout comment on produisait un single. Je savais écrire une chanson, composer une mélodie, aller en studio… mais après, je me demandais : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Je voyais tout ça comme quelque chose de complètement différent de mon ancien métier, alors que finalement, la méthodologie est assez proche de celle d’un projet graphique.

J’ai regardé pas mal d’interviews de Pharrell Williams ou de Tyler, The Creator, qui expliquaient l’importance de se laisser guider par ses émotions, les couleurs et les images. Je me suis rendu compte que je pouvais tout simplement créer des moodboards, comme j’avais l’habitude de le faire dans mon ancienne vie, et appliquer cette méthode à la musique.

Au départ, je n’avais pas forcément le jargon technique pour expliquer en studio ce que je voulais. En revanche, je pouvais montrer une couleur, une image, une ambiance ou faire référence à un son pour transmettre une intention. Petit à petit, ça nous a permis de créer des automatismes et de mieux nous comprendre.

Mon bagage de graphiste m’a donc énormément aidé à construire ce que je fais aujourd’hui. Au début, je me demandais constamment : « Est-ce que j’ai le droit de faire ça ? » À partir du moment où j’ai compris que j’avais carte blanche et que je pouvais tout imaginer, les choses sont devenues beaucoup plus simples.

JustMusic.fr : Cet été, tu as remporté le tremplin du Festival Conc’Air à Saint-Louis. Qu’est-ce que cette victoire a représenté pour toi ?

Louis Montémont : Ça a été assez surprenant parce que je ne m’attendais pas à participer à un festival aussi rapidement. Je pensais que ça arriverait, mais beaucoup plus tard.

Ça m’a aussi fait énormément plaisir de voir que j’étais soutenu. Sur les réseaux sociaux, on voit surtout des chiffres et, au-delà des DM, on ne réalise pas forcément qui sont réellement les personnes qui nous suivent. Là, j’ai vraiment ressenti le soutien de ma communauté, et les retrouver devant la scène a été encore plus gratifiant.

C’était aussi l’occasion de présenter l’EP en avant-première, avant sa sortie, et de retrouver mes musiciens sur scène. C’est une configuration assez particulière : on arrive un peu en outsider avec nos quelques chansons devant un public qui est peut-être venu pour d’autres artistes, et le défi est de réussir à convaincre certaines personnes de continuer à suivre notre musique.

J’aime ce challenge et aller au contact du public, donc c’était vraiment une très belle expérience

JustMusic.fr : Le 7 octobre, tu présenteras « Ekleipsis » lors d’un concert acoustique au « Solo Théâtre » à Paris. Que peux-tu dire pour donner envie au public de venir te voir ?

Louis Montémont : Ce que j’ai envie de dire aux gens, c’est : venez, parce qu’il y aura beaucoup de surprises ! Je ne veux pas trop en dévoiler, mais j’en prépare pas mal. J’ai surtout envie que cette soirée soit placée sous le signe de l’intimité.

On a tous des vies à 360 à l’heure, on passe très vite d’un projet à un autre. Là, on est vraiment au début de cette aventure et de ma carrière. J’aime l’idée que, dans dix ou quinze ans, les personnes qui me suivent depuis le début puissent se dire : « J’étais là, j’ai vécu ce moment et j’ai eu cette proximité avec l’artiste. »

Il y aura des exclusivités et des chansons que vous n’entendrez peut-être plus jamais. Ça s’est déjà produit lors du « Room service tour » : j’avais présenté des titres qui n’ont finalement pas figuré sur l’EP et qui ne sortiront peut-être jamais. Les personnes présentes ont pu les filmer et garder une trace de ce moment.

C’est vraiment l’esprit que je veux donner à cette soirée : vivre quelque chose dans l’instant et repartir avec un petit bout d’exclusivité. Il y aura aussi des feats, des surprises et la possibilité de se rencontrer et de discuter. Ce sera convivial, chaleureux, familial… Alors venez, tout simplement !

JustMusic.fr : L’EP est sorti et ta date de concert est annoncée, que nous réserves-tu pour la suite ?

Louis Montémont : Je ne sais pas encore si ce sera un album ou un nouvel EP. Comme je le disais, j’ai énormément de chansons et la difficulté aujourd’hui, c’est justement de savoir quoi en faire et lesquelles choisir.

J’ai surtout envie de proposer de la qualité aux personnes qui me suivent et qui aiment mon travail. On aurait pu faire un EP avec beaucoup plus de morceaux, mais je ne veux jamais sortir quelque chose dont je ne suis pas fier. Que ce soit visuellement ou musicalement, rien ne sort tant que je ne l’ai pas totalement validé. Donc, potentiellement, ce sera un EP ou un album, on verra !

En revanche, ce que je peux garantir, c’est que j’ai envie de faire de la scène et de rencontrer les gens. C’est là que je me sens le plus à l’aise. J’ai envie de montrer mon identité et de défendre mes chansons sur scène, parce qu’elles méritent aussi de vivre au-delà des streams.

Venez déjà au concert du 7 octobre et, derrière, j’espère que tout cela prendra de l’ampleur. Il y aura peut-être des plateaux radio, des concerts ou des festivals. C’est ce que je souhaite pour cette année : être en mouvement, proposer des choses et, pour le reste, on verra bien !

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