INTERVIEW : Rencontre avec Féfé

À l’occasion de sa participation à l’album « Salvador do Brasil » de Marcos Valle, Féfé revient sur cette collaboration inattendue, son amour du Brésil et ses envies musicales pour la suite.

JustMusic.fr : Tu seras présent sur l’album « Salvador do Brasil » de Marcos Valle avec Rogê sur le titre « Maladie d’amour » (disponible le 26 juin). Comment es-tu arrivé sur ce projet qui n’est pas forcément dans ton univers ?

Féfé : C’est loin… oui et non en fait. « Henri Salvador », c’est quand même un peu une madeleine de Proust pour un chanteur de ma génération. Donc finalement, ce n’est pas si éloigné que ça.

Et puis je me retrouve sur ce projet parce qu’un des directeurs exécutifs est quelqu’un avec qui j’ai travaillé pendant de longues années. Il connaît mon potentiel pour chanter, parfois même mieux que moi parce que moi, j’ai tendance à l’oublier (rires) ! Il m’a proposé ce projet, m’a fait écouter le titre et surtout, quand j’ai entendu les arrangements, ça m’a tout de suite plu.

Il faut aussi savoir que j’ai une vraie passion pour le Brésil. J’y suis déjà allé trois fois pour chanter, j’y ai fait des concerts et même une petite tournée. Donc oui, j’ai une vraie affection pour cette culture et cette musique-là.

JustMusic.fr : Quel rapport as-tu avec la bossa-nova ?

Féfé : Il faut savoir qu’on a presque tous le même problème avec la bossa-nova (rires) ! Beaucoup de musiciens et de chanteurs adorent ce rythme-là. Il y a quelque chose de très particulier dans cette musique. Et à un moment donné, on a tous envie de faire un album de bossa-nova. Mais justement, c’est peut-être le truc à ne surtout pas faire !

JustMusic.fr : Pourquoi ?

Féfé : Parce qu’on n’est pas tous des spécialistes de la bossa-nova et qu’on n’a pas tous le talent d’un Marcos Valle (rires) ! Mais c’est vrai que c’est quelque chose qui me tente toujours.

JustMusic.fr : Comment ça s’est passé en studio ?

Féfé : Moi, j’avais uniquement la version de Rogê avec ses voix. J’ai dû m’appuyer un peu sur sa manière de chanter et m’en inspirer pour mon interprétation. On n’a pas pu être ensemble en studio, ça se fait moins souvent aujourd’hui et puis c’est compliqué à organiser. Mais ça s’est très bien passé, c’était même très naturel. Finalement, ça a été plus rapide que je ne l’imaginais parce que j’ai vraiment été transporté par le morceau. Comme je le disais, j’adorais les arrangements, donc j’étais totalement à l’aise.

JustMusic.fr : Qu’est-ce qui t’a touché dans cette chanson ?

Féfé : Déjà la mélodie originale est incroyable (il se met à chanter). Et puis il y a aussi le rythme dans cette adaptation. C’est presque un groove que j’aurais pu sampler pour faire du rap dessus. Il y a quelque chose de très syncopé que j’adore.

JustMusic.fr : Qu’est-ce que ça t’apporte de participer à un projet comme ça ?

Féfé : Écoute, j’ai une carrière de presque 30 ans maintenant, donc ça commence à faire. Aujourd’hui, je ne fais plus que les projets qui m’excitent vraiment. Je ne fais plus les choses parce qu’il faut les faire ou parce qu’il faut être dessus. D’ailleurs, je ne l’ai jamais beaucoup fait. Et à chaque fois, ça s’est bien passé, mais maintenant je fonctionne vraiment au coup de cœur.

Et là, ce projet-là m’excitait vraiment. Pourquoi ? Ça ne s’explique pas forcément, c’est la musique. C’était le bon titre, les bons arrangements. Avec d’autres arrangements, j’aurais peut-être dit : « Non, ça ne me parle pas. »

Le directeur exécutif qui m’a proposé ça m’a envoyé le morceau et moi, c’est très simple : au bout de 30 secondes, je sais. Si je commence à me dire « ah peut-être… », c’est que ça ne le fera pas (rires). Là, tout de suite, j’ai senti que ça me parlait.

JustMusic.fr : L’an dernier, tu dévoilais l’album « Hélicoptère » avant de défendre ce projet sur scène, notamment lors de ton concert à « La Cigale » le 30 mai 2024. Avec un peu de recul, quel bilan dresses-tu de cette période et de cette tournée ?

Féfé : Déjà, j’étais parti pour faire 40 dates et finalement j’en ai fait 80 (rires) ! Le vrai bilan que j’en tire, c’est surtout d’avoir retrouvé un public que je n’avais pas vu depuis longtemps, parce que je crois que je n’avais pas sorti d’album depuis cinq, six ou même sept ans avant celui-là.

Et puis surtout, je crois que c’est la première fois que j’ai vraiment réalisé que j’étais là depuis un petit moment. J’ai revu des gens qui me suivaient déjà à mes débuts, quand j’étais encore en groupe. J’ai vu des personnes que j’avais connues enceintes revenir avec leurs enfants devenus ados… C’est assez choquant (rires).

Moi, j’ai commencé dans la vingtaine et cette année, j’ai 50 ans. C’est incroyable de se dire qu’on est là depuis aussi longtemps. Et surtout, de voir qu’on accompagne des gens dans leur vie pendant toutes ces années. Il y a des personnes qui se sont rencontrées pendant mes concerts, qui se sont mariées, qui ont eu des enfants… parfois même qui ont divorcé (rires).

Aujourd’hui, j’ai surtout envie de leur dire merci.

JustMusic.fr : En 2019, tu retrouvais Leeroy pour l’album « 365 jours ». Quels souvenirs gardes-tu de ce projet commun ?

Féfé : Ce projet est parti d’un constat très simple : il n’y a rien de mieux que les premières fois. Le premier album qu’on a sorti avec le Saïan Supa Crew, c’était une première fois. Mon premier album solo aussi. Et Leeroy, c’est quelqu’un que j’estime énormément artistiquement, avec qui j’ai gardé contact depuis le Saïan.

On avait envie de revivre une nouvelle première fois ensemble. On s’est dit : « Tiens, on n’a jamais fait de groupe tous les deux, alors faisons un projet ensemble. » Et franchement, cette aventure a été phénoménale. On s’est éclatés du début à la fin.

Le seul souci, c’est qu’il y a eu la Covid et la pandémie mondiale juste derrière… Mais avant ça, on a vraiment kiffé cette période.

JustMusic.fr : « Angela » est devenu un morceau culte, repris et redécouvert par plusieurs générations au fil des années. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’impact qu’a eu ce titre dans le paysage musical français ?

Féfé : Je pense qu’on ne se doutait pas qu’il aurait autant d’impact. On savait qu’il allait marquer les gens, ça oui. Nous, on croyait énormément en ce morceau. D’ailleurs, pour la petite histoire, la maison de disques ne voulait pas le sortir parce qu’elle trouvait qu’il ne nous représentait pas. Et c’est vrai que quand tu écoutes l’album, « Angela » ne ressemble à aucun autre titre.

Mais nous, on voulait aussi représenter certaines cultures, notamment la communauté antillaise. Donc je suis très fier qu’on ait défendu ce morceau-là, pas uniquement pour son succès, mais surtout pour ce qu’il portait derrière. C’était quand même un titre avec un refrain en créole, et à l’époque ce n’était pas anodin.

Aujourd’hui, quand je vois que le morceau est samplé ou repris par d’autres artistes, ça me fait toujours quelque chose. Parce qu’à la base, c’était nous qui samplions les autres (rires) ! Donc se retrouver de l’autre côté, ça veut dire beaucoup. Et au final, je ressens surtout énormément de gratitude et de fierté.

JustMusic.fr : Un retour du Saïan Supa Crew, c’est possible ?

Féfé : Très compliqué… Très compliqué, parce que pour être franc, sans vouloir mettre de négatif là-dedans parce que je n’aime pas ça, disons que certains d’entre eux ont fait des choses qui ne sont pas du tout en adéquation avec qui je suis aujourd’hui. Et je ne peux pas décemment travailler avec ce genre de personnes aujourd’hui.

JustMusic.fr : En 2025, tu as été nommé dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Qu’est-ce que cette distinction représente pour toi et qu’as-tu ressenti en apprenant cette nomination au grade de Chevalier des Arts et des Lettres ?

Féfé : Mais c’est vrai ça (rires)? Parce que je n’ai jamais rien reçu officiellement ! On m’a effectivement dit que j’avais été nommé, mais je n’ai jamais eu de cérémonie ni reçu de décoration. Donc honnêtement, je ne sais pas vraiment ce qu’il en est.

Mais oui, il me semble que c’était en 2025. La Sacem m’avait annoncé que j’avais été nommé, mais depuis… je ne sais pas ce qu’il s’est passé (rires) !

JustMusic.fr : Prépares-tu un nouvel album ?

Féfé : Je travaille actuellement sur mon prochain album et avant ça sur un projet un petit projet qui va pas être un album, mais qui va être un EP. Ou je sais pas si je peux en dire beaucoup dessus, mais parce que je crois que t’es le problème à qui je veux dire ça. Un projet plus international. Voilà c’est tout ce que je peux dire. Ça va être un EP plus international où je participe, ce n’est pas que mon projet, c’est un projet collégial. Et on en entendra parler d’ici la fin de l’année. Et l’ Et l’album, je travaille dessus actuellement sur mon prochain album qui sortira en 2027 l’année prochaine. Je suis en plein dessus et c’est encore un peu tôt pour en parler, mais j’espère que je pense qu’il y aura quelques je vais un peu surprendre des gens même au bout de 30 ans, je vais encore, je pense réussir à surprendre les gens.

JustMusic.fr : Après ce projet, qu’aimerais-tu encore faire ?

Féfé : J’ai déjà fait beaucoup de choses et collaboré avec énormément d’artistes différents. Mais il y a un univers dans lequel je ne suis jamais vraiment allé : l’électro. J’ai fait beaucoup de reprises, plein de projets variés, mais je n’ai jamais encore trouvé l’artiste ou le DJ électro qui m’excite suffisamment pour me lancer là-dedans. Et ça, c’est quelque chose que j’aimerais vraiment explorer un jour si je trouve la bonne rencontre.

JustMusic.fr : Et pour finir, est-ce que tu as un message à adresser à ton public qui te suit depuis toutes ces années ?

Féfé : Merci. Franchement, merci. Et au-delà de ça, j’ai une envie en ce moment… parce que je trouve que ça ne va pas très bien. Je pense que tout le monde le ressent. On manque de gentillesse aujourd’hui.

J’ai presque envie de créer une « armée des gentils » (rires). Ça suffit en fait. Je pense qu’on a besoin de plus de douceur, de plus d’empathie et de plus de tolérance, dans tous les sens du terme. Moi, je n’aime pas la violence, je déteste les conflits, même si parfois ils existent et qu’il faut les affronter.

Mais je pense que l’humanité est aujourd’hui assez grande pour pouvoir se poser et dire : « Stop. On veut une meilleure manière de vivre ensemble. » Voilà, tout simplement.

Retrouvez Féfé sur Facebook, Instagram et TikTok.