INTERVIEW : Rencontre avec Daguerre

À l’occasion de la sortie de son dixième album « Corps voyou », Daguerre célèbre vingt ans de carrière. Entre chanson et rock, l’artiste poursuit son exploration des émotions humaines, des zones floues et des contradictions qui traversent nos vies. Il revient sur ce disque intime, son rapport à l’écriture et la place essentielle de la scène dans son parcours.

JustMusic.fr : Pour commencer, comment te présenterais-tu aujourd’hui à ceux qui découvrent ton univers ?

Daguerre : J’essaie d’être un passeur d’émotions. Je suis auteur, compositeur et interprète, sous influence rock et chanson. J’aime explorer les zones floues, les contradictions humaines, sans chercher à tout expliquer.

JustMusic.fr : Tu célèbres 20 ans de carrière avec ce dixième album « Corps voyou ». Dans quel état d’esprit es-tu au moment de cette sortie ?

Daguerre : Je suis dans un état d’esprit à la fois apaisé et excité, mais sans pression. Cet album, je l’ai fait de manière très libre. C’est peut-être celui qui me ressemble le plus aujourd’hui.

JustMusic.fr : Le titre « Corps voyou » intrigue. Qu’est-ce qu’il raconte de toi et de ce nouvel album ?

Daguerre : « Corps voyou », c’est l’idée d’un corps qui échappe, qui refuse les cadres. C’est une métaphore de nos élans, de nos contradictions. C’est aussi un corps libre qui, malgré les épreuves, est toujours en mouvement.

JustMusic.fr : Tu explores ici des thèmes très intimes : les fuites, les contradictions, la liberté… Est-ce que cet album est le plus personnel que tu aies écrit ?

Daguerre : Un album est pour moi toujours très personnel. Celui-ci me ressemble beaucoup, tant au niveau de la forme que du fond.

JustMusic.fr : On parle souvent de toi comme d’un artisan poète de la chanson rock. Comment définirais-tu ta manière d’écrire aujourd’hui ?

Daguerre : J’aime cette idée d’artisan. J’écris lentement, je taille, je retire. Je cherche la justesse plus que l’effet. Je ne cherche pas à séduire à tout prix, j’essaie d’être sincère et d’éviter les automatismes. Chaque chanson doit trouver sa propre respiration.

JustMusic.fr : Tu poursuis ta collaboration avec la parolière Louise Quillet. Qu’apporte-t-elle à ton écriture et à ton univers ?

Daguerre : Louise a une sensibilité très subtile, une manière de déplacer les choses et de faire surgir des images inattendues, avec des phrases courtes et percutantes. Elle sait mettre les mots justes sur mes émotions.

JustMusic.fr : L’album est réalisé par Esthen Déhut. Comment avez-vous construit ensemble la direction artistique de « Corps voyou » ?

Daguerre : On a beaucoup discuté et travaillé en amont, sous forme de préproduction. Le travail en studio a ensuite été d’une grande fluidité. L’idée était d’être le plus organique possible. Esthen, en tant que réalisateur, m’a apporté une cohérence sonore tout en laissant respirer chaque morceau.

JustMusic.fr : Musicalement, on retrouve des sonorités rock mais aussi des arrangements plus sensibles, notamment avec deux titres piano-voix. Comment as-tu pensé cet équilibre ?

Daguerre : J’ai essayé d’être au service des chansons. L’équilibre s’est fait naturellement.

JustMusic.fr : Le premier extrait, « Dandy bandit », propose une ambiance western-country avec un personnage à la marge. Qui est-il pour toi ?

Daguerre : C’est un personnage qui ressemble à beaucoup de chanteurs et de chanteuses — je m’inclus dans la ressemblance — qui ont choisi ce métier si spécial, où une certaine errance prédomine.

JustMusic.fr : Tes chansons évoquent souvent des personnages en équilibre, entre force et fragilité. Est-ce une manière de parler de toi sans te dévoiler frontalement ?

Daguerre : Oui, dans mes chansons, j’essaie de rendre universels des bouts de mon intimité.

JustMusic.fr : Après plusieurs centaines de concerts, quelle place occupe la scène dans ton parcours aujourd’hui ?

Daguerre : J’ai toujours le même rapport à la scène. J’ai tout appris sur scène. Elle m’est devenue indispensable. Elle m’apporte une intensité unique, un absolu du vivant.

JustMusic.fr : Une tournée accompagne la sortie de l’album, avec notamment un concert le 6 octobre 2026 au « Café de la Danse » à Paris. À quoi peut-on s’attendre sur scène pour défendre « Corps voyou » ?

Daguerre : À quelque chose de brut et d’incarné. On a travaillé un set qui mélange les nouvelles chansons avec des morceaux plus anciens.

JustMusic.fr : Tu es installé au Pays basque depuis plusieurs années. Est-ce que cet environnement influence encore ta musique ?

Daguerre : Oui. Il y a une relation au rythme, à l’espace, qui m’apaise et m’inspire.

JustMusic.fr : Tu as collaboré avec des artistes comme Cali ou Francis Cabrel. Qu’est-ce que ces rencontres t’ont apporté artistiquement ?

Daguerre : Ce sont des artistes très talentueux, sincères, investis et généreux. Ils m’ont appris l’essentiel pour faire ce métier : la confiance en soi pour rencontrer sa propre identité artistique.

JustMusic.fr : Après 20 ans de carrière, qu’est-ce qui te pousse encore à écrire et à monter sur scène ?

Daguerre : Un besoin sûrement, que je ne peux pas vraiment expliquer… En tout cas, la passion est toujours là !

JustMusic.fr : Si tu devais résumer « Corps voyou » en une phrase, ce serait laquelle ?

Daguerre : Vivre, essayer, se tromper, vivre encore, s’écouter, écouter, prendre le temps, aimer et élever le regard.

Retrouvez Daguerre sur Facebook et Instagram.