INTERVIEW : Rencontre avec Nicolas Veroncastel

Après des années au sein du groupe LYS et plus de 600 concerts à travers le monde, Nicolas Veroncastel ouvre un nouveau chapitre en solo avec l’album « One another ». L’artiste revient sur la genèse de ce projet intime, ses influences et son rapport essentiel à la scène.

JustMusic.fr : Tu as longtemps évolué au sein du groupe LYS avant de te lancer en solo. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’ouvrir ce nouveau chapitre artistique ?

Nicolas Veroncastel : Un besoin presque « vital » de me renouveler. C’était un désir profond qui sommeillait en moi depuis 2016-2017, après la fin de la tournée Redbud de LYS. Et puis il y a eu le Covid, qui a précipité les choses. Cela a abouti à la sortie d’un premier EP, « Waste », en 2022, plutôt bien accueilli par la presse. L’album a ensuite suivi progressivement. Cela dit, LYS sortira également un nouvel album prochainement : il est en mixage avec le producteur Rémy Akarora, qui a aussi mixé mon album solo.

JustMusic.fr : Avec plus de 600 concerts à l’international, quels moments de scène ont été les plus marquants dans ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

Nicolas Veroncastel : On me pose souvent cette question, et cela varie selon l’humeur. Je cite souvent L’Olympia à Paris ou encore le SXSW d’Austin filmé par ARTE. Mais aujourd’hui, je dirais surtout toute ma tournée européenne avec MONO pour défendre mon premier album solo. Ce fut une expérience fantastique de jouer en Italie, en Allemagne, en Slovénie et en Hongrie.

JustMusic.fr : Tu as collaboré avec des artistes et producteurs comme Steve Hewitt (Placebo) ou Paul Corkett (The Cure). Qu’as-tu retenu de ces expériences ?

Nicolas Veroncastel : Je réalise déjà la chance que j’ai eue de travailler avec ces pointures que j’ai écoutées et admirées. Il y a forcément une grande gratitude, que j’ai d’ailleurs pour toutes les personnes qui m’ont aidé ou soutenu. D’un point de vue artistique, cela m’a appris la rigueur et la discipline en studio. J’ai beaucoup observé Paul sur sa façon de travailler un détail, un effet, un son. J’ai retenu l’importance du détail. Avec Steve, on a vécu une histoire particulière. Je me souviens notamment de notre rencontre à Londres en 2010, qui m’a beaucoup marqué, mais aussi des tournées en France et en Europe, notamment L’Olympia en 2012 et la tournée des 10 ans où il est devenu le batteur officiel de LYS. Cela nous a amenés vers de très belles scènes et des concerts mémorables.

JustMusic.fr : Ton univers musical mêle rock, électro, jazz ou encore hip-hop. Comment ces influences se sont-elles construites au fil des années ?

Nicolas Veroncastel : C’est quelque chose de presque instinctif, ou plutôt intuitif. J’ai écouté énormément de styles différents depuis l’enfance, grâce à un environnement favorable : un père mélomane et réalisateur de publicités. J’étais entouré de vinyles — de Chet Baker à Chopin, en passant par Led Zeppelin ou Crosby, Stills & Nash — de livres, de cassettes VHS et d’instruments de musique depuis que je suis enfant. C’est presque héréditaire. J’ai aussi été DJ pendant mes années lycée, et j’ai très vite été attiré par les musiques hip-hop et électroniques, particulièrement le big beat et le trip-hop. Des albums comme « Mezzanine » de Massive Attack, « Electro glide in blue » d’Apollo 440 ou « The fat of the land » de Prodigy ont tourné en boucle sur mes platines pendant des années.

JustMusic.fr : Après l’EP « Waste », tu dévoiles aujourd’hui ton premier album « One another ». En quoi ce disque marque-t-il une nouvelle étape pour toi ?

Nicolas Veroncastel : Tout à fait. Un album est toujours une étape importante : c’est l’aboutissement de plusieurs années de travail, si l’on peut considérer cela comme un travail. Il faut garder, selon moi, une approche « amateur », dans le sens noble du terme, et conserver une forme de fantaisie dans le processus de création. C’est toujours un moment de vérité, en espérant que ce disque touche le plus de gens possible.

JustMusic.fr : L’album est décrit comme intime et cinématographique, avec une place importante pour le piano. Pourquoi cet instrument est-il central dans ton écriture ?

Nicolas Veroncastel : Mon premier contact avec un instrument de musique a été le piano. J’ai très vite été fasciné par les claviers et les possibilités des synthétiseurs. J’ai acheté mon premier synthé après avoir vendu mes jeux vidéo et ma console à 11 ou 12 ans. Je vois cela comme une transition entre l’enfance et une forme de maturité, presque la genèse d’un parcours musical. Et puis, de manière plus prosaïque, c’est l’instrument que je maîtrise le mieux techniquement et qui me singularise, contrairement à la guitare, beaucoup plus répandue dans les musiques rock.

JustMusic.fr : Tes textes évoquent souvent les relations humaines et leur fragilité. Qu’avais-tu envie de raconter à travers ce disque ?

Nicolas Veroncastel : On vit une époque de déconstruction globale, et les relations humaines et amoureuses n’y échappent pas. C’est pour cela que je parle d’obsolescence programmée de nos relations. Tout est interchangeable, tout va très vite, trop vite. Rien ne dure, ou presque. C’est d’une grande tristesse à mon sens. Il y a un mal-être palpable dans la société que j’évoque dans mes chansons, dans les textes mais aussi dans les mélodies et les arrangements. D’où cette mélancolie plus ou moins en sourdine dans l’album.

JustMusic.fr : Y a-t-il un titre de l’album qui te touche particulièrement ou qui représente le mieux ton univers ?

Nicolas Veroncastel : Difficile… Je dirais peut-être « One another », le titre éponyme. Il résume bien l’album. C’est un morceau venu très naturellement pendant l’enregistrement, sans trop d’efforts ni de fioritures. Les meilleurs morceaux n’ont parfois pas besoin de beaucoup. Dans la même veine, je citerais aussi « Prelude », un titre presque instrumental qui semble beaucoup toucher les gens sur ma page. Il a été enregistré en une seule prise, à l’instinct, sans répétition ni écriture préalable. Je ne l’ai jamais retouché.

JustMusic.fr : La scène semble être une part essentielle de ton projet. Comment as-tu pensé le live autour de ces nouveaux titres ?

Nicolas Veroncastel : La scène est essentielle. Il y a déjà eu une quarantaine de dates. Nous avons travaillé en résidence avec mon équipe, car le live doit raconter une histoire, avec une introduction, un milieu et une fin. Le public doit être saisi. Cela demande beaucoup de travail sur le choix des titres, l’ordre des morceaux et la scénographie. Le show donne, selon moi, une autre dimension aux titres : plus énergique, plus organique. Ils doivent être un peu revisités pour s’adapter à l’histoire que l’on veut raconter.

JustMusic.fr : Tu passeras notamment par des événements comme le Printemps de Bourges. Qu’attends-tu de ces rencontres avec le public ?

Nicolas Veroncastel : Rencontrer le public est ce que je préfère. C’est la raison pour laquelle je continue ce métier. Sans cela, je ne sais pas si j’aurais encore l’envie. Surtout avec l’évolution de l’industrie musicale et l’omniprésence des réseaux sociaux, le diktat des streams, des followers, des reels et des stories… Tout le monde donne son avis sur tout et rien. Cela me donne un peu le tournis. Je sature parfois. Donc oui, le live est une bouffée d’air frais et un retour viscéral à l’essence de mon métier : la vraie vie et l’échange humain.

JustMusic.fr : Qu’est-ce qui change dans ton approche de la scène entre l’époque de LYS et ton projet solo ?

Nicolas Veroncastel : Je tourne désormais sous mon nom, donc cela change un peu la donne. Je suis le seul maître à bord, c’est une autre responsabilité, même si c’était déjà un peu le cas avec LYS.

JustMusic.fr : Parmi tes influences, on retrouve Serge Gainsbourg, Kurt Cobain ou encore Miles Davis. Comment ces artistes ont-ils façonné ton identité musicale ?

Nicolas Veroncastel : Comme je le disais, c’est presque intuitif. Quand je suis perdu sur un titre, une attitude ou un choix de parcours, je me demande souvent : « Qu’est-ce que ferait Serge ? Qu’est-ce que ferait Kurt ? ». Je pense qu’aujourd’hui, ces trois génies enverraient tout balader et seraient très mal à l’aise avec ce qu’est devenu le milieu musical.

JustMusic.fr : Aujourd’hui, quels artistes ou groupes t’inspirent particulièrement ?

Nicolas Veroncastel : J’apprécie beaucoup Iggy Pop. J’ai d’ailleurs la chance de travailler avec son producteur et trompettiste sur l’album « Free » : le jazzman Leron Thomas, qui joue sur le titre « Forêt ». J’aime aussi beaucoup Sébastien Tellier. Et récemment, en tournée, j’ai découvert la musique de MONO, un groupe de rock progressif japonais. C’est très beau.

JustMusic.fr : Si tu devais résumer « One another » en une émotion ou une image, laquelle serait-ce ?

Nicolas Veroncastel : La mélancolie.

JustMusic.fr : Qu’aimerais-tu que le public ressente en découvrant cet album et tes concerts ?

Nicolas Veroncastel : L’envie de mettre « repeat » sur un ou plusieurs de mes titres.

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